4 jours pour traverser l’Iran d’Ouest en Est (1600km), mais pourquoi?!

*Malheureusement, pas de photos de nos amis iraniens dans cet article pour leur éviter tout risque d’avoir des ennuis*

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Après 2 jours de stop en Arménie, voilà que nous foulons le sol iranien.

Nous rendre de Yerevan à la frontière n’aura pas été si simple. A chaque nouveau stop, une bonne heure d’attente au soleil pour être pris finalement par quelqu’un. Mais ce quelqu’un arrive toujours. Certains nous demandaient de l’argent, d’autres n’allaient pas plus loin que la fin du village mais il y avait toujours cette personne qui finalement s’arrêtait, et nous ouvrait sa porte passager. La motivation de chacun à nous prendre n’est pas toujours si évidente. L’homme d’une soixantaine d’année avec sa vieille Lada nous a échangé quelques sourires fautes de pouvoir discuter ensemble mais ça n’a pas changé sa journée. Le chauffeur de cet énorme camion n’a jamais cherché à communiquer avec nous mais il a ouvert sa porte et nous a serré la main en nous déposant. Le jeune couple a stoppé sa voiture en pilant sur une route dangereuse pour nous offrir sa banquette arrière. Il semble naturel pour eux de « donner un coup de main », voilà tout. Ni plus, ni moins. Après notre deuxième stop de la journée, j’ai du annoncer à Mathieu que j’avais perdu nos derniers Drahms (monnaie arménienne). Les derniers billets étaient dans ma poche, ils doivent être maintenant dans le champ où nous avons campé, face au Mont Ararat. J’espère que le fermier les trouvera au moins! Nous avions l’équivalent de 40 euros mais surtout c’était pour nous le dernier festin arménien fantasmé qui partait en fumée. Nous ferons avec quasiment rien jusqu’à la frontière en passant une nuit à Kapan. Le lendemain c’est un chauffeur iranien avec son père dans la cabine qui nous amèneront à la frontière. Premier contact sympathique avec le pays. Le deuxième, au poste frontière, sera un peu moins harmonieux.

« Quelle est votre profession? »

« Êtes-vous marié? »

« Où comptez vous allez en Iran? »

« Êtes-vous circoncis? » Ah non pardon, ça s’est plus tard.

Finalement, après avoir changé quelques dollars, nous sortons du bâtiment et nous exultons. Nous sommes en Iran! Nous rêvons de ce pays depuis plusieurs mois après la lecture de Samarcande (Amin Maalouf), après tous les témoignages de voyageurs et d’amis, après tous qu’on peut en entendre à la télé (Téhéran, nucléaire, Ahmadineja, nucléaire, USA..).

En sortant du bâtiment, j’ouvre grand les bras et je souris « On y est »! Pas le temps de profiter du moment qu’un homme nous demande:

« Are you hitch hikers? » (autostoppeur)

« Yes »

Il s’avère qu’il nous a déjà vu trois fois au bord de la route à tendre notre pouce en Arménie. L’envie de nous prendre était déjà là mais les lois arméniennes sont plus strictes et ils ne voulaient pas prendre de risque. Maintenant en Iran, aucune hésitation! Nous monterons dans la voiture d’Arash, de sa femme Shadi, de son fils Siovash et de son ami Saeed. La Peugeot « Pars » est déjà remplie et le toit sert de porte baggage. Saeed et Arash se charge de nos sacs et les attaches sur le toit avec de simples tendeurs. On monte, on ferme la porte, et on fait confiance. Après nos premiers kilomètres en Iran et dans un paysage désertique nous posons nos premières questions sur le pays. Arash nous lance alors avec une voix d’animateur télé de second plan :

« Welcome to the country of mysteries! Where everything is forbidden but where anything is posible! »

Nous éclatons de rire et bientôt ça en devient contagieux. Une discussion en amenant une autre, nous découvrons qu’en Iran, il est interdit par loi : de danser, de boire de l’alcool, de manger pendant le ramadan, de faire du vélo pour les femmes, de porter un short, de se baigner dans les lacs et les femmes doivent porter un voile en permanence sous peine d’amende. Avec nos « lunettes d’européens », c’est difficile à comprendre. Surtout le short. Sérieusement, il fait 40°C et on garde son pantalon? Pour Arash, tout ceci n’est qu’une énorme blague, une époque ridicule dont ses enfants et petits enfants pourront en rire dans quelques dizaines d’années. En tout cas, il l’espère. En attendant, Shadi remet son voile qui tombe toutes les 5 minutes mais il est assez évident qu’elle le fait plus par obligation que par conviction. Saeed, quant à lui, lunettes de soleil sur le nez, profite du paysage et du soleil couchant. La prise en stop se transforme en une proposition de se joindre à toute la petite famille pour une nuit à Sara’eyn.

« Venez avec nous, vous verrez c’est une jolie ville thermale et nous pourrons aller au bain ensemble demain! »

Notre plan initial avec Mathieu était d’aller jusqu’à Tabriz, la première grosse ville sur le chemin pour acheter un vélo. Mais l’opportunité est trop belle. Le « flow » nous porte encore et toujours. Nous acceptons volontiers de nous joindre à l’escadron. Car ce n’est pas qu’une voiture mais trois qui voyagent ensemble. Le bataillon est composé de trois couples, dont un des frères d’Arash, avec un enfant chacun puis le père d’Arash, son oncle, sa tante et Saeed, l’ami de la famille. Après un arrêt dans une ville commerçante du coin et un petit tour dans le marché, nous voilà partie pour Sara’eyn! Il est 21h et il nous reste encore environ 300km. La famille ne semble pas pressée. La discussion reprend et notre découverte de l’Iran aussi. Alors qu’Arash commence à fatiguer au volant, il décide de s’arrêter sur le bord de la route pour changer de conducteur. Naïvement, je propose de conduire. Arash rigole et sans énergie m’explique qu’il ne prendra pas davantage de risque. En effet, il est aussi interdit de prendre des étrangers dans sa voiture. Saeed prend le relais et littéralement deux minutes plus tard une voiture de police gyrophare allumé demande l’arrêt du véhicule.

« Ne parlez pas » ,nous lance rapidement Arash.

Saeed sort de la voiture, présente ses papiers et ouvre le coffre de la voiture. Le policier jette un regard sur la banquette arrière alors que je feintais l’endormissement et que Mathieu dormait effectivement. C’est finalement un contrôle de routine et les policiers ne ceux sont pas rendus compte que nous étions étrangers.

« Vous avez failli dormir en tente là », en rigole Arash.

Nous repartons et il reste encore du chemin. Saeed est l’un des organisateurs du voyage avec Omid, le frère d’Arash. Saeed est kurde. Et apparemment comme tout bon kurde qui se respecte, il est hyperactif, jovial, accueillant, bienveillant envers les autres. Saeed fait du parapente, il danse et c’est aussi un businessman toujours accroché à son téléphone qui sonne en permanence dans la voiture. Il gère deux hôtels, une boutique d’électronique et une mine de marbre. Dans l’ancien métier de Mathieu, Saeed pourrait être son fournisseur. Les deux compères en discute beaucoup et se flatte en parlant de longueur et d’épaisseur de tranche, du type de finition, des quantités, des prix et des taxes d’exportation. C’est amusant de voir Mathieu dans son élément (acheteur de pierres naturelles), à poser toutes ces questions techniques.

Notre ami kurde a donc plein de qualités mais au cours de ce trajet je me rendrais compte qu’il y en a une qu’il n’a pas. Après 25km dans une direction, n’arrivant pas à dormir je décide de regarder ma carte GPS sur laquelle j’avais noté la ville d’arrivée. Constatant que nous nous dirigeons vers l’est alors que notre point d’arrivée est au nord, j’ose timidement de demander à Saeed si nous allons toujours à Sara’eyn.

« Yes »

« ..hum hum »

Je lui exprime mes doutes et lui montre la carte. Nous faisons demi-tour et Shadi qui discutait devant avec lui se met à rigoler. Nous repartons dans la bonne direction alors que Mathieu coincé entre Arash endormi et moi éveillé continue sa nuit. La route sera alors facile, il faut aller tout droit et traverser quelques petits villages. Mais c’est sans compter sur la créativité kurde! A chaque village, nous arrivons à un rond point et c’est la que la magie ou peut-être la fatigue opère sur Saeed. Pris d’hésitation, au dernier moment, en un grand coup de volant instinctif il tourne à droite sans qu’il n’y ait aucune explication rationnelle. Fatigué et un peu pressé d’arriver dans un lit je décide d’en rigoler! Saeed nous fournira par la suite de nouvelles occasions d’illustrer son très bon sens de l’orientation et de déclencher chez nous un sourire. Arrivée à Sara’eyn, il est 1h du matin et tout le monde est fatigué. Saeed discute avec les locaux pour trouver un hôtel. C’est le roi de la négoce et après 10 minutes, il monte dans la voiture d’un autochtone qu’Arash s’applique à suivre pour nous guider à l’hôtel.

Il serait trop simple de s’en tenir à ça car Arash aperçoit une station de « CNG », l’équivalent du GPL chez nous, et dans un sursaut d’énergie s’engouffre dans la station et perd ainsi Saeed de vue pour pouvoir faire le plein. Avec Mathieu, nous abdiquons de comprendre ce qui se passe pour ce soir. Le portable d’Arash ne marchant plus, nous sommes coupés de Saeed. Après 5 minutes d’attente au bord de la route, voilà Saeed qui déboule à toute allure et nous fait signe de le suivre sans s’arrêter. Nous sommes tous KO et nos hôtes du soir nous offrent un confortable lit double qui nous enchante. Quelle arrivée dans ce pays! Quelle gentillesse de la part de cette famille! Ils n’ont pas hésité un instant à nous prendre pendant leurs vacances, alors que leur voiture était déjà pleine se retrouvant à porter leur fils sur les genoux et nous proposant à tour de rôle du thé, des fruits, du pain et des sucreries.

En l’espace d’une soirée, nous avons la réelle sensation de voyager avec une nouvelle famille accueillante, ouverte, franche et avec beaucoup d’humour. Quoi de mieux pour découvrir réellement un pays?! Alors que nous avions prévu d’aller à Tabriz pour faire l’Iran à vélo, la rencontre de cette famille formidable a suffit à nous embarquer pour 1600km de traversée d’Ouest en Est avec des escales au bord de la mer Caspienne. Notre point d’arrivée était Mashad, la deuxième ville du pays et surtout la capitale religieuse d’Iran. D’un simple « yes » insouciant nous avons embarqué pour un voyage de 4 jours et un séjour d’une semaine à Mashad chez nos amis. J’ai presque honte de le dire mais nous n’avons pas payé un hôtel, ni un repas pendant le trajet. Et quand on a essayé de s’imposer pour les rembourser, la seule réponse de Saeed et d’Omid, le frère d’Arash, était « no problem! ». Et hop, ils remontaient dans leur voiture respective comme si de rien n’était.

Je ne peux m’empêcher de tenter une comparaison à ce que ça aurait pu être en France.

Imaginez deux voyageurs passant la frontière de Belgique en France. Après trois pas dans le pays, ils sont embarqués dans une Renault Espace, leurs sacs sont mis dans le coffre. Le petit garçon de 4 ans est mis sur les genoux de sa mère pour faire rentrer tout le monde. La mère Marylou propose aux voyageurs du café, une part de quiche lorraine et des petits saucissons. Antoine, le père explique les différences culturelles dans chaque région de France en commençant par le Nord.

« D’ailleurs, nous allons à la Grande Braderie de Lille, vous venez avec nous? »

Le lendemain matin, ils se réveillent et voient sur la table du petit déjeuner des croissants, des pains au chocolat, du jus d’orange pressé, du beurre, de la confiture et du bon pain chaud.

« Bonjour, bien dormi? Servez vous. »

Puis, la famille leur propose de les suivre jusqu’à chez eux à Marseille. Mais avant Aurélien, l’ami de la famille a prévu de faire un stop à la forêt de Fontainebleau puis de déguster du vin en Bourgogne et de manger une raclette à Annecy. Et vu qu’il fait de l’escalade, il veut passer par les gorges du Verdon pour dormir dans un refuge. Arrivé à Marseille, les deux compères ont une chambre pour eux avec un grand matelas. Ils peuvent utiliser la cuisine et Antoine leur donne une carte de transport pour se déplacer plus facilement dans la ville. Un matin, Aurélien viendra les chercher pour aller dans les calanques. Puis ils les amènera le soir à Cassis pour profiter d’un verre de rosé le long du port. Bien sûr, il leur offrira tout. Antoine et Marylou qui ont repris le travail dès le lendemain de leur retour apprécient la compagnie des voyageurs le soir tout en jouant avec Maxime leur fils. Antoine fait de la danse hip hop avec Aurélien et d’autres amis, ils leurs proposent de venir à l’entraînement. Un soir, ils sont invités à un apéro au bord de mer avec d’autres amis. Arthur, le frère d’Antoine, leur demande de l’aider pour son boulot à faire une traduction d’une plaquette en anglais qui doit être envoyée dans 3 heures! Pour les remercier, ils vont dans un restaurant pour leur faire goûter la bouillabaisse et les amène ensuite au karting de Hyères pour quelques tours de pistes. Le soir avant leur départ, alors qu’Antoine rentre fatigué de ses 12 heures de boulot, il veut absolument leur faire découvrir les dessous de la basilique Notre Dame de la Garde car il la connait comme sa poche et peut les emmener dans des endroits auxquels les touristes n’accedent normalement pas.

En rentrant avant de se coucher, c’est en se serrant dans les bras que les nouveaux amis se disent au revoir. Les deux voyageurs n’ont qu’une envie c’est que cette famille viennent visiter leur pays pour les faire rêver à leur tour.

3 réflexions sur “4 jours pour traverser l’Iran d’Ouest en Est (1600km), mais pourquoi?!

  1. Heritier says:

    Encore une rencontre fabuleuse avec cette famille ! J’admire votre façon de vivre le moment présent et la souplesse que vas avez pour changer vos plans qd l’occasion se présente . Quelle adaptativité et quelle souplesse. Bravo !

  2. lili says:

    Super ce compte-rendu des 1600 kilomètres. En effet je doute que la même histoire en France se réalise et c’est bien dommage !

  3. ALAIN GS27 says:

    Trop content de vous retrouvez, et oui j ai eux mes informateurs, maintenant je vais vous suivrez par tout, top les copain aller éclater vous bises

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