Casa Rinaldi : première semaine

Depuis le départ de Chambéry, nous traversons un peu par hasard l’Italie. Totalement par hasard? Pas vraiment, car nous savions depuis le début que Vicenzo et Elisa Rinaldi nous attendaient dans leur ferme pour un coup de main. Nous les avions contactés via le site “HelpX”. Le principe est simple, nous auront le gîte et le couvert contre 5 heures de travail bénévoles par jour.
C’est notre première expérience de ce type, d’où un petit stress. Longtemps je me souviendrais de cette première soirée. Nous ne trouvons pas tout de suite la maison, et sommes accueillis chaque fois que l’on sort de la voiture par des aboiements de gros chiens. Lorsque nous trouvons enfin la maison, il n’y a pas moins que trois gros chiens, menaçants pour nous accueillir. Il faudra quelques minutes a Vicenzo pour attacher les chiens avant de nous ouvrir. Ces cheveux longs et frisés lui cachent le visage. Sa barbe mal rasée et son pull grosses mailles finissent de lui donner un air revêche. Une brève poigne de main et nous voila dans la maison. Nous y rencontrons Elisa, femme élancée aux joues rougies; puis leurs trois enfants: Tommaso, Viola et le petit dernier Francesco. La modeste maison a du cachet, c’était autrefois une fabrique de vin, une « paloma », elle en garde la structure et certains éléments, une grosse meule de pierre par exemple. Les enfants nous mettent vite a l’aise, n’ayant cure de notre nationalité, ils jouent et parlent avec nous comme si nous les comprenions. Pendant que Nicolas parle avec Vicenzo, je propose mon aide a Elisa. Me voila en train de séparer des petits cailloux de lentilles, travail laborieux mais récompensé le soir même par un délicieux plat. Ce n’est donc pas ici que je vais perdre du poids! Avant le repas, Vicenzo exécute une prière, conclue par un signe de croix et un “amen” prononcé par la famille en cœur. Cela me rend un peu nerveux: me voici païen dans une famille catholique.

Des le lendemain, Vicenzo nous fait visiter son domaine. Il a de nombreux oliviers, avocatiers, plaqueminiers du Japon (arbre du kaki) ainsi que des poules. Plus loin se trouve un studio de musique qu’il a construit de ses mains, ainsi qu’une scène extérieure. Nous découvrons alors sa passion pour la musique! 

Il y a enfin près de la maison un jardin potager. Depuis le jardin l’on peut voir trônant fièrement l’Etna et en se retournant nous voyons la mer. Difficile de faire plus bucolique paysage. 

N’y a-t’il d’ailleurs au monde de lieux plus adaptés a la lecture de Cosmos de Michel Onfray? Nous sommes immergés d’un seul coup dans le monde Virgilien auquel il rend constamment hommage.
Pour nous le travail devint vite un plaisir, les taches sont nombreuses et variées. Ici nous auront l’occasion de planter des fraisiers, semer des pommes de terre, bêcher la terre, répandre le compost, nourrir les poules, les tuer et les déplumer, éclaircir les oliviers, ramasser les avocats, arracher le lierre, creuser des tranchées, abattre les ronces, tronçonner du bois, et parfois, s’abandonner discrètement a une petite sieste. Ici le temps a une autre saveur, il n’y a pas d’horaires si ce n’est celle du repas. Ce que nous faisons a un sens, concret, immédiat, et déjà les heures de bureau derrière mon ordinateur me semblent loin et vide de sens. Le bois servira à chauffer, les légumes à manger et les avocats à gagner sa vie. Souvent l’heure du repas arrive trop tôt, car je me plais dans ces travaux agricoles.

Nos après-midi, nous les passons a flâner dans les villes du coin, ou a bouquiner tranquillement, face a l’Etna. Nous visitons Catane, Syracuse et Zafferana . Un autre jour, nous partons voir de plus près l’Etna. S’il y a eu, depuis notre arrivée, plusieurs tremblements de terre, l’Etna reste calme, rejetant seulement de modestes fumées blanches. Et si parfois nous crûmes entendre l’Etna pétarader, c’est que l’un d’entre nous eusse abusée la veille des lentilles. La rando s’avère néanmoins incroyable. Arrivés en haut, il nous faut marcher dans la neige pour découvrir enfin ce cataclysmique panorama: paysage lunaire, magma noir d’éruptions passées, vastes étendues apocalyptiques. C’est a couper le souffle.

 On ne peut rien contre l’implacable loi de la nature. Nous aimerions tellement pouvoir assister a une éruption! La dernière a eu lieu il y a deux ans, et malheureusement -en ne restant que deux semaines- les chances sont minces.

Sans parole ni philosophie, nous accueillons avec bienveillance les leçons de vies prodiguées de manière pragmatique par nos hôtes. Ils ont quittés le faste Milan, pour une vie plus simple, plus vraie, plus terrienne et concrète. Ici il y a comme une symbiose entre la nature, les animaux, les enfants. Le matin, il faut nourrir les poules, alors sur le chemin, toujours « blackie » le chien vient nous dire bonjour. 

Puis nous ouvrons le poulailler sous les avocatiers, non loin du regard amusé du cheval. En passant nous chapardons une orange et savourons son jus sucré sous la surveillance de la « mère Etna ». Lorsqu’ils ne sont pas a l’école, les enfants jouent a chat sous les oliviers, alors seulement l’arrêt de la tronçonneuse est ponctuées de rires enfantins. Il faut parfois grimper a un arbre pour en couper quelques branches. Un jour Nico, du haut d’un olivier, semble régner sur l’île toute entière, il vit un moment beau et simple, une véritable épiphanie.

Le repas est un moment de retrouvailles particulièrement apprécié: simple mais frugal, on se régale de la cuisine d’Elisa. Nous mangeons les œufs, l’huile, les avocats et la confiture de kaki maison. Les autres produits sont bien souvent troqués au marché contre quelques avocats: orange sanguines, ricotta fraîche, lentilles ainsi que pain campagnard. S’agissant du pain, nous avons parfois droit au pain d’Elisa qui est « sur le point de trouver la recette parfaite » (elle dit ca depuis 10 ans nous annonce Vicenzo avec le sourire jusque la!). Pendant le repas, les fourchettes sont au milieu de la table, il faut en réclamer une, et l’on se passe de main en main le parmesan avec sa râpe. Il y a aussi un pot de piment du jardin dont Elisa avait peur qu’il ne pourrisse, mais ça c’était « avant de connaître Mathieu ». 

Un jour Francesco presque 4 ans a fait tomber un plat, se brisant sur le sol. Comment vont réagir les parents? Un bref silence, puis Vicenzo fait une blague, dédramatise et passe a autre chose. Le repas s’avère en fait être un moment dédié aux enfants, c’est un veritable lieu d’expression pour eux, et de nombreuses fois nous avons été frustrés de ne pas comprendre leurs discours. (Enfin lorsqu’il s’agit de Francesco, Vicenzo et Elisa admettent volontiers ne pas comprendre non plus ce qu’il cherche a dire!). 

Au moment du café, chacun a ses habitudes: Pour Elisa c’est thé vert, pour Vicenzo c’est ristretto sur une très vieille machine, pour les enfants c’est chocolat chaud ou boisson de blé. Nico lui se serre de la cafetière moka (sauf quand il oubli de mettre l’eau dedans!), et moi j’hésite entre thé noir et café instantané.

Il nous faudra une semaine environ pour bien s’adapter au lieu et a nos hôtes. Chaque jour Vicenzo est plus marrant, chaque jour Elisa plus ouverte, chaque jour les enfants plus joueurs. Mais c’est bien une semaines après notre arrivée qu’un déclic se produit. Ce lundi, nous ne travaillerons pas dans les champs. Vicenzo s’est engagé a gérer sons et lumières dans un théâtre d’Acireale, pour une représentation musicale. Nous ne comprenons pas tout, mais visiblement Vicenzo n’est pas enchanté et il a piètre opinion du spectacle à venir. Nous l’aidons à monter la scène, les lumières etc. Mais quelque chose est perturbant, des gens le croisent et semblent le connaître, lui manifester presque une forme d’admiration. Notamment un journaliste local. Ce n’est pas qu’il ne mérite pas de reconnaissance – c’est une des meilleures personnes que j’ai eu la chance de côtoyer dans ma vie- mais il y a visiblement quelque chose qui nous échappe. C’est de retour dans la voiture que Vicenzo nous annonce: « j’ai un secret a vous révéler » …

4 réflexions sur “Casa Rinaldi : première semaine

  1. Réactions a chaud : ça fait quoi à un végétarien de tuer et déplumer une poule 🙂 🙂 🙂
    C’est super de rencontre des belles personnes mais rien n’est hasard, si vous les rencontrez c’est que vous êtes aussi de belles personnes.
    Vite, on veut savoir le secret.

    1. Et bien ça fait bizarre ! !! Petit à petit le coq devient un morceau de viande… Mais c’est surtout assez pénible et laborieux à faire !

  2. Hello !
    Les photos Etnaesques sont très belles. La lumière semble être d’une grande pureté…….
    J’ai relu et je relis encore: « souvent l’heure du repas arrive trop tôt car je me plais dans ces travaux agricoles »… C’est Matthieu le « je »??? 😕

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