Casper le poisson 

Lors de mon premier séjour en Palestine, j’avais eu l’occasion de discuter dans l’avion avec une Américaine très séduisante qui se rendait à Eilat pour faire de la plongée. Difficile de dire si c’était la plongée ou la douceur de sa voix, le fait est que depuis ce moment je rêve de découvrir les dessous de la mer rouge. C’est donc naturellement que, lorsque Nico a évoqué l’idée de la Palestine, j’ai dis oui tout de suite, en précisant  » ce sera l’occasion de faire de la plongée !  ». J’étais parti pour un simple baptême tandis que Nico voulait passer un diplôme, j’ai eu bien raison de le suivre. Nous hésitions entre Eilat en Israël  et Aqaba en Jordanie lorsque Miriam, une amie rencontrée lors d’une course à  pied à Ramallah m’a soufflé une nouvelle idée :  » allez en Égypte, la frontière est ouverte et c’est bien moins cher !  ». 

Le bus pour Eilat traverse le désert pendant de longues heures, ne s’arrêtant qu’une fois, dans un Mac Donald perdu au milieu de nul part. Nous sommes bercés par le bus, dans un halo de chaleur très agréable. Le livre nous tombe des mains, repose sur nos genoux, les yeux se perdent dans l’horizon sans fin, les paupières se ferment naïvement… (Et Nicolas bave sur son tee shirt 😉 ). 

Nous passons la frontière après quelques formalités administratives. La frontière est un No Man’s land militarisé. L’hôtel réservé est ultra luxueux : chambre donnant sur la piscine, salle de sport, billard, bar à cocktails, restaurant. Pour 20 Euros par jour nous avons la formule all-inclusive : boisson et nourriture a volonté ! On s’est pétés le bide matin midi et soir ! Le plus surprenant c’est qu’il y a plus de personnel que de clients . Le terrorisme a fait d’énormes dégâts sur le tourisme. 

Le matin, notre minibus vient nous chercher, comme nous sommes les seuls clients à plonger on a l’impression d’avoir un taxi personnel. Avant il y avait des dizaines d’instructeurs de plongée, maintenant ils ne sont plus que deux. Notre moniteur, Ahmed, est très sympa. Il parle aussi bien français qu’anglais. Mais là où il est le meilleur, c’est sous l’eau ! Avec ses gestes il transmet un sentiment de calme et de sérénité incroyable, cela nous a bien aidé, surtout quand j’ai commencé à paniquer lorsque j’ai dû ôter mon masque sous l’eau. Sans lui j’aurais dans doute échoué. 

Nous étions donc là pour passer le PADI open water 18m. Ce diplôme nous permet de plonger ensemble jusqu’à 18m de profondeur. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est le bouquin de 200 pages à lire pendant là formation en vue de l’examen final ! Dur de se mettre à réviser, surtout quand on a une énorme piscine et des bières gratuites devant les yeux ! D’ailleurs au test blanc j’ai fait 21/30 pendant que Nico faisait le sans faute 30/30! L’aspect théorique est très intéressant, plonger n’est pas anodin : plus on plonge profondément, plus l’air inspiré est compressé, et plus nos tissus se chargent en azote. Cela réduit d’autant le temps de plongée et augmente les risques sur la santé. L’aspect théorique était complété par des exercices grandeur nature ou nous nous exercions à palier la moindre faille du matériel ou de notre partenaire. 
Nous avons ensuite pu découvrir les fonds de la mer rouge. Poissons de toutes les couleurs, de toutes les tailles, crustacés de toutes formes, murènes effrayantes, crabes rigolos, coraux singuliers, anémones recroquevillés, tout s’offrait à nos yeux d’enfants ébahis. Et la plongée, ce n’est pas que ça, c’est aussi le calme bruit de la mer entre les bulles de nos respiration ainsi qu’une extraordinaire sensation d’apesanteur. Une utilisation habile des poids et de l’air insufflé dans nos gilets permet de trouver la  » flottabilité neutre  ». Quelle sensation fascinante que ne plus sentir le poids de son corps ! A moins que vous n’ayez la possibilité d’aller dans l’espace, je recommande à quiconque de vivre cette émotion une fois dans sa vie. 

Ces 5 jours ont vraiment étés merveilleux. Bien sûr la plongée a beaucoup participé à rendre ce séjour inoubliable. Cela dit, il s’est encore passé des choses qui nous font dire que la chance nous poursuit. Meletios veille sur nous, c’est une évidence. Dès notre deuxième plongée, Ahmed nous montre un minuscule poisson, on dirait un hippocampe rouge, on distingue une petite bulle coincée dans son ventre. En sortant, Ahmed a le sourire jusque là et nous dit :  » C’est un poisson fantôme, un poisson que l’on ne voit qu’une fois dans une vie ! Moi même, c’est seulement là deuxième fois que j’en vois un de toute ma carrière ». Quelle chance! Ce même jour, alors que j’attends Nico au bord d’une fontaine, je croise le regard de Michelle, une jeune Indienne. Elle est éblouissante de douceur et de beauté. Je ne peux m’empêcher de la regarder, puis de lui parler. Dès là deuxième phrase, elle m’invite à Mumbai. Je lui promet de venir là voir. Et je tiendrai parole. Car entre elle et moi il y eu ce soir là une connexion ineffable dont le secret s’exprime dans la seule langue des scintillements d’étoiles.

Je me souviens enfin d’une soirée, sur la terrasse, ou Nico et moi avons parlé des heures, sur le ton de la confidence, des vieux secrets enfouis. Face à nous la lune cuirassait la mère rouge, et au loin, la-bas, nous pouvions voir les lumières de l’Arabie Saoudite. On a beau être 24/24 ensemble, il nous arrive encore d’avoir de ces soirées fraternelles, où les langues se délient, expriment les plus lointains secrets et construisent de nouveaux pans de notre amitié. 13 ans d’amitié. Et ce soir là, cela faisait justement 13 ans jour pour jour que j’avais perdu mon père. Alors entre les silences, mes yeux fixaient les étoiles et mes songes allaient vers Julie, Victor et Alice qui seuls partagent mon indicible sentiment. Mais ce soir là, je n’étais pas triste. 

3 réflexions sur “Casper le poisson 

  1. Je me debrouille pour te trouver une GoPro maintenant que j’y travaille, tes reportages n’en seront que plus mieux (et c’est dur)…

  2. Encore un beau morceau de vie. Vivement votre passage en Inde que Matthieu note plein de recettes et retrouve l’étoile scintillante 🙂

  3. Bravo pour le Padi… belles rencontres encore au fond des mers entre le poisson fantôme et Michelle (pas fantôme.. j’espère découvrir son visage lors de votre passage indien!).

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