Cassey

Variations inspirées de la vie réelle de Cassey.

Petit rappel :
« Une nouvelle rencontre allait changer le cours des événements. 1m52, 40kg, voila Cassey !! qui déboule dans les escaliers de l’auberge. Personne ne reste indifférent, son mini short en jean bien serré, son débardeur décolleté, des tatouages plein les bras, c’est une tornade qui débarque!! Elle pose sa valise, nous rejoins, allume une cigarette Vogue Menthol:  » Les garçons, je veux un nouveau tatouage, maintenant » « Ok, Sébastien a rendez-vous dans deux jours, tu pourras aller avec lui » elle prend sa cigarette entre les doigts, me regarde avec un grand sourire et me dit avec conviction et complicité  » J’ai dit que je voulais un tatouage MAINTENANT ». Puis elle attrape la vodka redbul de Seb, avale une grande gorgée, « Lets go guys!« .

Dès que je l’ai vu, je me suis dit: soit c’est une pin-up décérébrée soit c’est une maline qui cache bien son jeu. J’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus, découvrir ce que cachent ses 16 tatouages. Une petites voix me disait au fond de moi que cette fille devait avoir une sacrée histoire…

Cassey raconte moi ton histoire. Plus tard. Je vais écrire ton histoire. Demain. Cassey j’ai envie de savoir. Oui et moi de te raconter, mais fait moi boire, a jeun je n’aime pas parler, ça me rend mélancolique. Tu veux boire quoi ? Whiskey.

Cassey est né au Philippines. Elle a toujours été plus petite que les autres mais ne s’en est jamais plaint; au contraire ce fut pour elle l’occasion de se forger un sacré caractère. De la fratrie elle est l’aînée, c’est avec une gentillesse teintée d’autorité qu’elle participe à l’éducation de ses frères et sœurs. Si elle ne le dira jamais publiquement, Cassey est la préférée de son père. C’est une rebelle, il est vrai, pas toujours facile a gérer pour un père, mais elle est unique en son genre, extrêmement attachante, si bien qu’on ne reste pas longtemps fâché avec elle. Capable de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, quitte à heurter certaines sensibilités, Cassey est une ado virevoltante. Mais bientôt la maison de famille est bien étroite pour cette rêveuse à l’ambition sans limite.

Cassey a tout juste 16 ans lorsqu’elle va voir son père. « Papa je veux partir, faire ma vie ». Le père ne fût pas surpris. Dire qu’il s’y attendait serait une exagération, cependant lorsqu’il entendit la demande de sa fille adorée, il eu comme la sensation de s’y attendre et il semblaient déjà s’y préparer. La retenir ? Oui, comme vous il y a songé, sans trop y croire cela dit ; mieux que tous il sait sa fille opiniâtre. A la fin c’est toujours elle qui gagne. Autant faire ça sereinement.

« Ma fille, tu as 16 ans et tu vas partir. C’est tôt, trop tôt peut-être. Mais m’a fille, je te fais confiance. J’ai toujours eu foi en toi et je n’ai jamais été déçu. Ce qui t’attend, dehors, là-bas, là ou tu iras, ce sera plus difficile que tout ce que tu peux imaginer. Dehors les Hommes sont sauvages. Cependant ma fille, je te fais confiance. Sache le. Je sais que tu vas réussir. Et si d’aventure tu voulais revenir, la porte te sera toujours ouverte; a un condition cependant ma fille  » Soudain le père prit un air grave et solennel : » Don’t be wasted! Ne reviens jamais ici si tu es droguée ou enceinte « !

Ces mots résonnent encore dans sa tête lorsqu’elle quitte les siens. Un dernier regard lancé à ses frères et sœur et c’est le départ. Elle a bien sûr un peu la boule au ventre au début… peu à peu la sensation désagréable se dissipe et bientôt elle n’a plus que ses rêves pour seules pensées. Dans un premier temps elle va de petits boulots en petit boulots. Même si ce sont des petits boulots de rien du tout, elle s’attache néanmoins à travailler avec zèle et bonne humeur. Cela étant dit, au risque de tout devoir recommencer ou de perdre une paye, lorsque les patrons exagèrent elle n’hésite pas a leur balancer leur 4 vérités. Bien souvent, les patrons surpris par l’énergie et l’audace de Cassey réagissent plutôt bien et, bientôt, elle obtiendra plus de responsabilités. Ses boulots l’exposent à des rencontres, certaines professionnelles, d’autres plus intimes… Mais Cassey a un amour de jeunesse dans son village et elle lui restera fidèle. L’aime –t-elle encore ? Rien n’est moins sûr pour elle qui ne connaît plus que la trépidante vie citadine. Mais elle a promis de lui offrir sa virginité lorsqu’elle aura 18 ans. Elle tint parole le jour même de son anniversaire, puis quitta son amant pour toujours. Cassey tient toujours ses promesses.

Désormais Cassey est majeure et elle ne fait plus de petits boulots, non, elle est devenue modèle et commence à avoir un certains succès local. Alors que Facebook n’est pas encore ce que c’est aujourd’hui, elle ne compte pas moins de 5000 fans. Niveau cœur, délestée de sa promesse, Cassey a de nombreuses aventures, jamais plus d’une à là fois néanmoins. C’est toujours elle qu’il gère et, quand là fièvre de l’indépendance la reprend, elle se sépare en quelques mots de son amoureux du soir. Ce n’est pas qu’il ne convienne plus, non, elle a juste envie de se trouver à nouveau libre et autonome.

Ce soir la elle a rendez-vous avec lui. Ils sont restés au moins un an ensemble avant qu’elle ne le quitte. Il n’avait pas compris, pas accepté, mais Cassey n’aime pas les disputes, elle avait coupé court à là conversation et fait sa valise. Ce soir c’est pourtant lui qui l’invite, de l’eau a coulé sous les ponts, il se pourrait que soient racontés les vieux souvenirs; sans rancune. Ce soir là elle ira boire un premier verre chez lui, il l’attend là-bas avec deux amis, après ils sortiront peut-être. On verra. Ce soir là il lui tendra une vodka, je me souviens c’est ce que tu bois. Oh Cassey, ce verre tu n’aurais dû le boire. Bientôt, Cassey se sent fatiguée, elle n’arrive plus à bouger… Plongée dans les méandres du GHB… Lorsqu’elle reprend le contrôle de son corps, elle ne sait plus où elle est, mais des images des cette nuit d’horreur lui restent gravées dans la mémoire: cette image obsédante de son ex, abusant d’elle devant le regard hilare de ses amis : « apprend comme je me venge de celle ayant brisé mon cœur ! »

Reprendre la vie quotidienne, après ce genre d’évènements tragique est bien difficile. Ce soir là, son innocence s’est envolée. « Les Humains sont sauvages, les Humains sont sauvages », les mots de son père résonnent avec force. Elle garde néanmoins le cap, se replonge dans le boulot en essayant d’oublier… Est-ce seulement oubliable? La nuit elle se réveille trempée de sueur, obsédée par d’obscurs démons. Les jours passent et se ressemblent tristement. Dans son sourire se trouve désormais une mélancolie. Quelque chose a changé… Un mois puis deux.

C’est un jeudi soir. Un jeudi soir ordinaire. Cassey est inquiète… Elle n’a pas eu ses règles depuis cette nuit d’horreur. Dans l’immeuble de Cassey, juste au dessus, il y a une famille, les deux jumeaux se chamaillent et rigolent, leur maman prépare le souper, leur papa encore en chemise, est en train de mettre la table. Sur le palier d’en face, une jeune fille mange des sushis assise en tailleur sur son tapis. Elle regarde distraitement la télévision, un reportage sur les mystères de l’Inde. Un jour elle ira. En dessous vit la concierge. Elle a terminé son repas depuis longtemps, elle mange toujours tôt. Elle termine une tapisserie pour sa nièce. L’étage encore en dessous, une dizaine d’adolescents écoutent de la musique en buvant des bières légères avec une sensation de transgression. L’un d’entre eux danse et les autres rient beaucoup. C’est un immeuble des plus commun. C’est un jeudi soir ordinaire. Et au milieu de tout cela il y a Cassey. Elle se dirige vers ses toilettes, déterminée. Elle veut savoir. « Non… je ne suis quand même pas… » Le résultat du test est formel; c’est en se frappant le ventre sous un torrent de larmes qu’elle se rend à l’évidence. Levant les yeux au ciel elle veut pousser un cri de rage, mais ses sanglots étouffent sa voix et personne ne l’entend. Pour tout le monde c’était un jeudi ordinaire dans un immeuble ordinaire. Sauf pour Cassey.

Cette fois c’en est trop. Elle est dévastée. Elle quitte tout et retourne chez sa famille. Elle a besoin d’eux, de leur soutien. Elle va se faire avorter. Pourtant ici ce n’est pas facile. Et un avortement est pour une femme un déchirement irrévocable. Mais il le faut. Elle fait sa valise en vitesse et retourne chez ses parents. Lorsqu’elle frappe à la porte, son père lui ouvre et voyant sa fille dissimulée derrière des torrents de larmes, comprend immédiatement. S’est-il senti trahi? Où était-ce une douleur trop insupportable pour lui que de voir sa fille de retour complètement détruite? Un peu des deux certainement… En tout cas il fut pris d’une rage incontrôlable « You are WASTED!!! » Il claqua la porte devant sa fille, et pendant de longues minutes on l’entendit jurer le ciel et les dieux. Cassey, seule et dévastée, fuit le palier, vite remplacée par les voisins munis d’une curiosité malsaine.

Cassey n’a jamais été aussi seule. Néanmoins cet épisode a donné à Cassey le courage de rebondir. Elle se retrouve un petit job et réussi à organiser l’avortement. Son père n’arrive pas à en vouloir définitivement à sa fille et bientôt elle peut retourner chez ses parents. D’ailleurs elle a un nouveau projet, elle partira au Japon! « C’est cela ma fille, c’est cela… » son père n’y croit pas une seconde. Jusqu’à ce jour où elle pose le ticket sur la table sous les yeux incrédules du pater : « départ lundi! » Dit elle radieuse. Et pour une fois depuis longtemps, il n’y a plus une once de mélancolie dans son sourire.

Nouveau pays, nouveau départ. Cassey frappe de nouveau à la porte du bonheur. Repérée grâce aux réseaux sociaux, elle a été embauchée comme chanteuse dans un bar lounge à Kure Shi Hiro dans la province d’Hiroshima. Son sourire ainsi que sa spontanéité désinvolte font rapidement de Cassey la coqueluche du lieu. Les gens se pressent pour la voir. Pour elle néanmoins, That does not make any difference. Elle est heureuse quelque soit l’audience puis elle ne court pas après l’argent. Elle retrouve un sentiment perdu, presque oublié dans les tréfonds de sa mélancolie: l’amour de soi. Oui elle se regarde à nouveau dans la glace avec plaisir, sans avoir cette sordide sensation d’impropreté. Or de l’amour de soi à celle d’autrui il n’y a plus qu’un pas, que Cassey franchit avec volupté.

Un autre jour ordinaire dans la vie de Cassey. Ce jour là elle s’est levée plus tôt que d’habitude car, comme chaque mois, elle veut passer à l’agence locale pout envoyer de l’argent à sa famille. Personne ne lui a demandé c’est vrai; l’argent n’est toutefois jamais revenu, signe qu’il sait être apprécié. De toute façon Cassey ne pense pas à ça, passant sous les Sakura pourprés, enivrée par leurs odeurs et la caresse du vent. Le soir, pendant son show, lors de la chanson la plus mélancolique, elle ferme les yeux et revoit par bribe cette magnifique balade. Lorsqu’elle prononce la dernière note elle ouvre les yeux sous le vacarme des applaudissements et regarde chaque client, un part un. Un instant son regard se fige, oui, là-bas, elle distingue son chéri! Il lui a fait la surprise, elle est folle de joie! Elle ne prend pas le temps de se démaquiller et fonce le retrouver. Débordée de joie et d’allégresse. Il lui prit la main, lui dit « tu as été fantastique chérie, je t’aime » puis il l’emmena manger des Yakisobas dans son restaurant préféré et, au moment du dessert lui offrit un magnifique bracelet d’argent scintillant d’amour. Enfin ca, c’est ce qu’il avait prévu… Car Cassey vient d’oublier qu’il est interdit de parler aux spectateurs. Trop souvent les chanteuses le font pour obtenir des rallonges de pourboire; le gouvernement a sévi; malheur à celle qui se fait prendre. Or ce soir là, un policier justement était dans l’audience. Il avait été troublé par la prestation de Cassey. Dans un délire romantique, il s’était imaginé lui offrir un verre à la fin du spectacle. Quand il l’a vu si heureuse avec son amant, il fut pris soudain d’une violente et inextricable jalousie. Comme si cet homme lui avait volé la femme qu’il avait aimé un instant. La tendre émotion ressentie se mua instantanément en honte, puis en haine. Ce soir là Cassey aura deux bracelets de fer plutôt que d’argent, scintillant de fiel plutôt que d’amour…

Les deux premiers jours elle s’est acharnée à expliquer, ce n’était pas un client mais mon amant! Rien ni fit. Elle fini par se résigner. Son passeport Philippins n’invitant pas à la clémence, elle fut condamnée à un mois ferme… Un mois… Trente jours derrière des barreaux d’acier rouillé. Trente jours de misère, d’odeurs infâmes, d’humiliations quotidiennes, de repas insipides. Trente jours de solitude. Car elle ne dira rien à sa famille. Elle a trop peur qu’ils s’inquiètent. Pourtant c’est à eux qu’elle pense dans ses insomnies ici: observent-ils comme moi la pâleur de la lune en cet instant?

Cassey ne fait pas de vague, elle veut conserver son visa de travail ici. Elle fait des cauchemars à l’idée d’être renvoyée manu militari chez ses parents et d’y retrouver, sur le palier, les épouvantables cris de son père. Les 30 jours les plus long de sa vie s’achèvent dans l’indifférence. En sortant de prison, personne n’est là pour la retrouver; néanmoins quelque chose de plus grand l’attend sans qu’elle ne le sache encore: le bonheur.

Il est jeune, affable, séduisant, riche même. Il travaille dans la mode, c’est là qu’il la rencontrée. Elle se montre pour la première fois timide, impressionnée… Elle se surprend à changer 10 fois de tenue avant de le retrouver, puis à rire bêtement en pensant à lui. Pour la première fois, Cassey est vraiment amoureuse. Très vite il se marièrent puis elle devint femme au foyer. Elle le suivait partout, les tables de prestiges, les défilées Kenzo. Sa spontanéité faisait un tabac dans le milieu de la mode. Etre à côté de Cassey pendant un défilé c’était faire d’un laborieux moment d’ennui une plaisante après-midi. Cassey est au Zénith de sa vie.

Le bonheur a duré 4 ans. Comme partout l’amour s’use avec le temps. Cassey observe la relation se glisser dans la routine, impuissante. 10 fois elle lui parle, 10 fois elle lui soumet le problème. Etait-il trop absorbé par son travail? Trop présomptueux pour imaginer qu’elle puisse le quitter? Avec lui, se dit il, elle ne manque de rien, ce qu’elle veut elle l’obtient en claquant des doigts. Or ce qu’il ignore, c’est que Cassey ne désire qu’une chose et cette chose il ne lui offre plus depuis trop longtemps: qu’il la regarde avec la tendresse de l’amour. Un jour comme un autre, Cassey se regarde dans le miroir puis se dit « Shit! Ce n’est pas ce que je veux faire de ma vie! ». Et le soir même, sous les yeux incrédules de son mari, demande le divorce. « I can forgive 10 times… But when I am done, I am done ».

Cassey suit son instinct. Elle quitte richesse et confort avec seulement quelques dollars en poche. Rien n’avait été prémédité. Elle croit simplement en sa bonne étoile. Il semble qu’elle ai bien raison car très vite une ancienne amie la contacte: « rejoins moi à Singapour, je travaille dans un lounge bar ici, ils cherchent une chanteuse, ce sera comme à Kure Shi Hiro! » « Mais je n’ai pas de musiciens là bas et à peine l’argent pour me payer les billets » « On a les musiciens sur place et le boss te paye les billets, no worries! ». À nouveau Cassey part vers de nouvelles aventures. Elle n’a qu’un petit sac. Elle se sent libre.

Dès le lendemain, elle arrive dans le bar. Elle veut au plus vite rencontrer les musiciens, histoire d’être au plus vite opérationnelle. Elle y retrouve son amie. Ce devaient être de grandes retrouvailles; curieusement il n’en fut rien: après un bref coucou son amie sembla fuir. D’ailleurs elle semble n’être plus que l’ombre d’elle même. Cassey cherche les musiciens de pièces en pièces. Rien. Pas la trace d’un instrument. Soudain elle pousse une porte et ne peut retenir un cri d’effroi: devant elle une dizaine de prostitués en train de se maquiller… Cassey compris tout de suite le piège qui venait de se refermer sur elle; elle alla trouver son boss:

« Il n’y a pas plus de musiciens que de chanteuses ici, vous m’avez menti, je pars sur le champ »

« Pas si vite ma petite, tu as signé le contrat si tu pars ce sera considéré comme de l’immigration illégale »

« I don’t give a shit!!! »

« Et petite, je t’ai payé l’avion, tu ne pars pas tant que tu ne l’as pas remboursé, sinon je porte plainte. Tu as entendu parler de la prison à Singapour »

« Ok je vais te les acheter tes billets, combien 100$? 200$? Combien »

« 2000$ »

« What the fuck, are u kidding me!!? »

« C’est 2000$ ou je porte plainte »

« C’est du raquette, va te faire foutre, je de donne 200$ »

« C’est 2000$. Si tu ne payes pas c’est ton amie qui payera pour toi. En $ ou en cicatrices. Tu ne voudrais pas faire ça à ton amie »

Shit. Cassey ne sait plus quoi faire. Bien sûr son amie n’est plus rien pour elle. C’est elle qui l’a amenée ici. C’est elle qui l’a piégée. « Il m’a dit qu’il me rendrait mon passeport si je lui amenai de nouvelles filles » avait reconnu son amie entre deux sanglots… Il n’y a la qu’un geste désespéré… Cassey dans son immense humanité n’arrivait pas à totalement lui en vouloir.

« Ok 2000$ »

Cassey travaillera là jusqu’à payer ces maudits 2000$ jusqu’au dernier centime. Mais elle ne se prostituera pas non. Cassey est bien trop maline pour ça. Elle chante des chansons marrantes, raconte des blagues aux clients, parle de ses histoires. Les clients adorent. 2 semaines lui suffisent à payer sa dette. Sans dire au revoir à son ancienne amie…

Elle part bien vite à Bangkok au bras de son nouvel amant. Ils y passent de merveilleux moments. Quoi de mieux que cette ville pour sentir pleinement vivre sa liberté retrouvée? Oui à nouveau elle touche le bonheur du bout des doigts. « Rentrons à Singapour, nous t’y trouverons un vrai boulot cette fois, tu pourras y reconstruire ta vie. Avec moi. »

Les bagages sont enregistrés. Nos deux amoureux montent dans l’avion, main dans la main. « Combien de fois devrai-je reconstruire ma vie en partant de zéro? » Se dit elle. Les quelques turbulences ne trouble pas son sommeil; en un instant Cassey est à l’immigration. Son amant tend son passeport, la formalité ne prend que quelque seconde. Tampon et sourire de circonstance. Puis Cassey tend son passeport. Le douanier fait de multiples vérifications, passe quelques coups de fils, devient grave. Interdit de territoire. Les mots font frissonner d’horreur Cassey. Il a porté plainte. Fuckin son of a bitch. Malgré les 2000$. Rupture abusive de contrat. « Madame vous allez attendre ici le prochain vol pour Bangkok ». Et c’est dans le tumulte des cris que des agents de sécurité poussent chacun des deux amants d’un côté de la frontière. Lui a Singapour. Elle à Bangkok. « Je viendrai te chercher mon amour » a-t-il le temps de crier avant de disparaitre dans les méandres de l’aéroport.

Cassey se retrouve de nouveau à l’aéroport de Bangkok. Elle s’assied par terre. Elle utilise ses derniers 5% de batterie pour envoyer le message suivant: « je t’attends devant le Starbuck. Je ne bougerai pas d’ici. Je t’aime ». Sa valise est à Singapour. Elle n’a rien. Son téléphone s’éteint. Elle est seule. Soudainement tout lui revient en mémoire. Le viol, l’avortement, la rage de son père, la prison, le divorce, le bordel, le chantage. Et elle, à nouveau entourée de milliers de gens marchant d’un pas pressé vers leur destin, seule parmi la foule. Elle lève les yeux aux ciel, accablée : « seigneur qu’ai je fait pour mériter ça? » Puis elle fond en larmes, de grosses larmes chaudes et salées qu’elle retenait depuis si longtemps.

L’histoire de Cassey s’arrête ici. Bien sûr beaucoup de choses lui sont arrivées depuis. Un homme à l’aéroport lui offrira de quoi manger, et lui proposera de lui offrir un billet. Son amoureux viendra la chercher. Ils s’aimeront puis se quitteront. Ainsi va la vie. Elle ira s’installer à Dubaï puis partira en voyage en Arménie, retrouver son amoureux, un jeune Turc. Elle se rendra compte qu’il l’a trompe. Elle voudra le revoir pour lui dire ses 4 vérités. En face. Enfin elle rencontrera un jeune voyageur un peu perdu. Moi. Et elle lui racontera son histoire. Sans qu’il ne sache trop pourquoi. Puis il s’enfuira, car son histoire l’a bouleversé. Le lendemain il reviendra vers elle, lui fera 1000 compliments, lui disant combien elle est merveilleuse et inspirante. « Don’t lose your time, I’m not buying this shit ». Mais il lui dira qu’un jour il écrirait un livre sur elle, elle lui sourit et lui offrit son oreiller. « Tiens c’est pour toi, tu verras il sent mon parfum ».

Ce qui est le plus incroyable avec cette fille qui a croisé furtivement notre chemin c’est qu’elle est pleine de joies, d’énergie et d’amour. Nous sommes trop nombreux à nous morfondre de nos petits tracas quotidiens. Voilà une femme, féministe et indépendante, qui garde le cap contre vents et marées. Malgré son incroyable destin. Elle est arrivée comme une tornade, a crée du lien, de l’amitié, a poussé certains à se tatouer, d’autres à randonner, moi à écrire. Et quand elle est partie, elle a laissé un immense vide. Rien n’était plus pareil. Il fallait partir.

Quel est ton rêve Cassey? Voyager. Seulement voyager. Et quand je serai fatiguée de voyager, je m’installerai sur mon terrain dans mon village, je l’ai déjà acheté, j’y construirai une cabane, cultiverai mon potager. Puis j’écrirai.

Bon vent Cassey, que la providence te donne enfin le bonheur que tu mérites. Au plaisir de te lire.

4 réflexions sur “Cassey

  1. Woauh… Quelle histoire d’une femme extraordinaire écrit avec une plume en or… J’étais scotchée du début a la fin ! Tu devrais vraiment écrire un livre !!!

    (pardon on ne se connait même pas, je suis une ancienne collègue de Nico, mais cet article m’a tellement impressionné que j’ai du laissé un commentaire ^^)

    1. Bonjour Anika! Merci pour ce commentaire très touchant! Cela me motive en effet à persévérer dans l’ecriture. Merci 1000 fois 😀

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