Des pirates en Nouvelle Zélande

Enrichissante New Plymouth

Bien longtemps que je ne t’ai plus écris cher lecteur! Quand je t’ai quitté j’étais ruiné, je m’installais à New Plymouth chez Rhys et Diana, et je travaillais à « Paris Plage » en bord de mer. J’y resterais 3 mois, et ce sera l’occasion pour moi de 1000 experiences et apprentissages. A

ccumuler deux boulots (le café + la ferme) ne fut pas chose facile certes. Je n’ai pas vraiment eu de congés pendant mes 3 mois à New Plymouth. Parfois je devais partir tot le matin pour la ferme, nourrir les animaux, ramasser le crottin, déplacer le bélier, puis reprendre vite la voiture et filer au boulot pour y préparer des smoothies et vendre des bières. Lorsque je rentrais le soir, il me fallait alors préparer le repas puis faire les lits pour les convives Airbnb du jour prochain. Tu comprends donc pourquoi cher lecteur le temps m’a manqué pour tout te raconter!

Ce que je retiens principalement de cette experience, c’est combien elle m’a enrichie de divers apprentissages. Ce fut pour moi l’occasion de travailler en cuisine, en salle, à la plonge, à la ferme, au jardin, à la maison. Pele-mêle, j’ai appris à faire un lit au carré, promener deux chien et une chèvre, cuisiner mon pain et mon muesli maison, faire 2 milkshakes et 3 smoothies en même temps, nourrir quotidiennement 20 lapins, 4 chèvres, 3 vaches, un bélier, deux chevaux et bien sur Isabella, discuter avec des guest Airbnb pour qu’ils passent un bon séjour, m’organiser pour la plonge, faire des flat white et des cappuccino « cinnamon on top », préparer des croissants aux amandes par centaines, créer des poulailler et débusquer les fuyardes, conduire à gauche en tapant le check à Gerald, le chien, faire un mini potager en permaculture… La liste est infinie! Et tout ça en l’espace de trois mois!

Lorsque je quitte New Plymouth, sur mon vélo, je repense a tout ce qui vient de m’arriver pendant cette parenthèse de 3 mois. Je suis arrivé chez Diana et Rhys pour camper une nuit, et j’y suis resté 3 mois! Cela n’a pas été facile, peu de repos, pas de place pour le plaisir et le temps à soit, je prends du poids et des cernes à mesure que les jours passent… Cela dit j’en repars riche de mes experiences, ce qui est bien, et riche financièrement, ce qui me permet de voyager quelques mois sans me poser de question. Mais si des larmes coulent sur mon visage lorsque je pars, ce n’est ni pour l’argent, ni pour l’apprentissage… New Plymouth m’a offert quelque chose de bien plus inestimable encore: ils s’appellent Antoine, Tim, Thais, Rhys et Diana. Les trois premiers comptent désormais parmi mes amis, et nous les croiserons à nouveau dans ce recit. S’agissant des deux dernier, savoir que Rhys me présente comme sont 3eme fils et que Diana signe ses messages par « mum » vous donne un apercu des liens qui se sont tissés entre nous.

Puisque parfois un croquis vaut mieux qu’un long discours, voici quelques photos pour illustrer tout ca:

Nouvelle-Zélande, entre émerveillement et désillusion

Disons les choses clairement et sans ambage: ce pays possède un patrimoine naturel exceptionnel faisant passer le moindre critique comme un rabat-joie de haute volée. Etre dans le contrepoint n’est pas chose facile, heurtant beaucoup de sensibilités: les kiwis d’abord, très fier de leur pays, les autres voyageurs ensuite, souvent très jeunes, qui vivent comme une insulte la moindre critique et enfin vous qui lisez ces lignes et qui pouvez trouver que je suis devenu bien difficile pour oser critiquer ce pays dont vous vous faites l’image a travers la mystification d’instagram. Je partage la deception de Nico, évoqué dans son article Heureux qui comme Ulysse.

Je vais citer ici mon ami cycliste Raphael qui a su trouver des mots pour exprimer ma sensation:

« La chose qui me marque probablement le plus pour l’heure est l’image « verte » du pays. Il y a un gros décalage entre la communication promue à l’extérieur et la réalité une fois sur place. Avec la gestion actuelle de la pression touristique et de la nature, la similitude avec l’Islande saute aux yeux, mais avec un côté écolo dans l’ensemble bien moins revendicable semble-t’il… On passera sur la déforestation massive des premiers siècles (on dira qu’il y a prescription comme chez nous), la mentalité assez « business-first » à l’américaine, l’industrie désastreuse du lait somme toute assez récente dans son accroissement (encore moins compréhensible), la gestion des sachets plastique de retardés, le fort attachement à leur 4 roues, des transports publics à la peine… La réalité économique du pays, son développement et le peu de population en rapport à sa superficie, son histoire, pourraient en expliquer une partie. Mais quand même… Je m’attendais vraiment à trouver quelque chose de semblable à nos « modèles » nordiques européens. La taille économique encore relative du pays devrait pourtant être un facteur facilitateur pour la mise en place rapide de certaines mesures. Non pas que les efforts ne soient pas réels et l’occasion est donnée de s’en apercevoir (la biosécurité à l’entrée sur le territoire en est déjà un bel exemple), mais comme dans pas mal d’autres régions du monde, l’équilibre entre développement, préservation de l’environnement et bonne répartition des dépenses semblent encore difficile à trouver. »

Il y a donc comme le souligne Raphael, un veritable écart entre l’image que l’on se fait de la Nouvelle Zélande à travers ce qu’elle donne à voir dans les photos et la réalité. La Nouvelle Zélande n’est pas du tout écolo. Sur le plan culturel, c’est une nouvelle déception. L’histoire du pays démarre en 1800, lorsque des colons européens, par diverses guerres et stratégies d’alliances avec les chefs des tribus locales, ont investis l’île. Les maoris, habitant toujours ici, se battent laborieusement pour leur droits. Il sont grandement affectés par la malbouffe et l’alcool. Certes sont-ils mieux intégrés que les aborigènes en Australie, mais ils demeurent selon moi un malaise palpable et evident. Il n’y a pas ici de gastronomie, la seule spécialité étant semble-t’il des petites tartes. Ils mangent principalement des produits laitiers, de la viande et du maïs. Le taux d’obésité est de 30%. S’agissant des lieux à visiter, ils sont nombreux et intéressants, cependant il y a toujours trop de marketing invitant le touriste à avoir « toujours plus de fun », c’est survendu et très cher, il vous faut avoir des billets verts en plusieurs exemplaires! Les meilleurs randos doivent être réservées jusqu’à 1 an à l’avance. S’agissant des gens, ils sont d’une gentillesse incroyable, comme le démontre mon périple en velo… Mais cette gentillesse semble parfois être de surface. Au dela des small talk (discutions informelles) il me semble presque impossible de me faire de vrais amis ici. Il y a quelque chose d’artificiel, de consumeriste dans le rapport aux gens. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur Rhys et Diana qui, des dires de tous, sont « non-conventionnels ». J’ai même ressenti, pour la premiere fois de ma vie, une certaine forme de racisme que je qualifierai de « social ». Parce que je suis un pauvre en Nouvelle Zélande, et que cela se voit, je sens les yeux qui me scrutent dans les magasins, des portes qui se ferment, de légères inquietudes ci et là. Pour sûr que si je portais mon costard, les choses seraient differentes. Dernier point noir, il y a ici partout un type de touristes que je n’apprécie pas du tout et que j’appelle le « touriste instagram »

Le touriste instagram

La réalité est toujours complexe, aussi excusez moi pour la grossière caricature qui va suivre. Il y a néanmoins beaucoup de vrai. Souvent le touriste Instagram est Allemand ou Français, il a entre 19 et 23 ans, et fait une pause de 6 mois ou 1 an dans ces études. Son aller retour pour Auckland largement financé par papa maman, il a la ferme intention de travailler pour pouvoir payer son voyage. Fraichement arrivé en Nouvelle Zelande, il poste un message sur facebook pour rechercher un « travelmate » avec qui il va pouvoir partager les frais de location d’un van « Jucy ». Pour cela il poste une photo de lui torse nu avec des lunette de soleil épaisses à côté d’une planche de surf ou au sommet d’une belle montage et se décrit comme « easy going » et cherchant a avoir un « maximum de fun ». En compagnie de ses « travelmate » il se promene en van d’un endroit à l’autre, en s’arrêtant a chaque lieu d’intérêt indiqué sur son smartphone à 700 euros pour y prendre une photo « hashtag new zealand » qu’il postera ensuite sur Insta filtre « Nashville ». Son plaisir a faire baver ses copains resté au pays -parce que pas assez aventurier- ne connait pas de limite. A ce rythme, les sous partent vite, et même papa maman font la gueule… Mince il faut bosser. Direction donc Napier ou Blenheim, pour ramasser des pommes, du raisins et des kiwis. Le touristes insta troque alors sont van pour une auberge de jeunesse, qui propose un « happy hour » de 16h a 18h et même une « movie night » chaque samedi: « expendable 3 » ca te dit? L’argent gagné difficilement dans la journée part le soir même en boisson, surtout le soir du beer pong. Au bout d’1 mois, le touriste insta fait une pause parce que bon quand même, travailler c’est pénible, et décide de faire des randos. Mais pas de vrais treks, c’est trop dur, ya pas le wifi dans les huts. Non, il lui faut des randos simples, 2h maximum, juste pour aller au point de vue qui va lui donner le meilleurs cliché hashtag « alone in the wildness ». Sauf qu’ils sont beaucoup à la vouloir cette photo alors… au point de vue il faut faire la queue! Enfin c’est l’heure de rentrer en France, bon en faisant cracher à papa maman une petite escale de 2 semaines en Thailande parce que c’était fatiguant ce voyage! Et bientôt, le voyageur instagram est de retour en France ou il pourra allègrement commenter ces exploits auprès de ses followers. Voila en quelques traits le portrait certes exagéré du type de touriste que l’on peu rencontrer ici, fier comme un baroudeur qui aurait fait l’Himalaya sans oxygene.

Des pirates en Nouvelle Zélande

Pour les courageux qui ont lu jusque la, voici maintenant la deuxième face de ce pays. Ces merveilleux paysages vont bien au delà des légers désagréments présentés ci dessus. Voici l’histoire de mon exploration du pays:

Le départ de New Plymouth est émouvant pour moi. Je triche un peu, Rhys m’avance de 40km en me déposant à son boulot. Ma descente vers Wellington sera semée d’embuches. 5 km de vélo et première galère, je perds ma selle et mon chargement en plein sur la highway. 10 km plus loin j’ai (déjà) une crevaison, l’occasion de mettre en oeuvre ce que m’a appris Rhys. Quelques km plus loin je perds mes freins et bientôt les rayons de mon vélo commenceront à tomber les un après les autres. Il me reste 300km mais je n’ai pas trop de choix, je n’ai pas de sac et il faut bien que j’aille au moins jusqu’à Wellington. 4 jours me seront nécessaires à atteindre Levin, où je pourrais passer voir Meletios dans son monastère. La route est monotone et je subis un triple désagrément: 1) j’ai peur que mon vélo ne me lache complètement, 2) j’angoisse à l’idée que ces tarés d’automobilistes finissent par me renverser, 3) physiquement c’est tres dur. Lorsque j’arrive a Wellington, je conclus mon périple en vélo par ces mots: « c’était vraiement une idee à la con« .

Etape #1: Tim

Je suis accueilli à Wellington comme un roi par Fei et Erich un couple ayant passé quelques jours Airbnb chez Rhys et Diana. Leur maison est splendide et relaxante, la vue magnifique et la cuisine de Fei divine. Je visite Wellington, meilleure ville de Nouvelle Zelande selon moi, fait un saut au génial musée Te papa, et joue le soir avec leur fils Linos. Fei et Erich sont juste un peu surpris de me voir continuer à jouer aux lego lorsque Linos est au lit, mais cela est une autre histoire.

Je prends le férie pour l’ile du Sud. Une tempête à Picton nous empêche d’accoster dans un premier temps, je loupe donc mon bus et reste coincé ici sur la pointe nord de l’ile du Sud. Je prends le bus dès le lendemain, l’occasion de m’extasier devant les plages remplies d’otarie à Kaikoura. Tim, a déposé la veille sa chérie Thaïs à l’aéroport, car elle doit aller en France passer des examens pour sa licence. J’ai donc rendez vous avec lui pour explorer le sud. Trop contents de se retrouver, et surexcités à l’idée de randonner, on fonce vers Arthur Pass sans même prendre le temps de faire des courses ou prendre de l’essence. Or en chemin, tout d’un coup nous sommes stupéfaits: les montagnes que nous avons la ferme intention de parcourir sont remplies de neige! C’est magnifique pour sûr neanmois… Comment randonner? Nous ne sommes pas assez équipés pour le froid et encore moins la neige: je n’ai pas de gants ni de bonnet, Tim lui n’a meme pas un matelas pour dormir. On s’arrête au bord d’un lac où nous voulions camper, c’est tout blanc et le froid me pince jusque dans mes entrailles.

Une bonne heure nous sera nécessaire pour réaliser qu’il nous sera impossible de dormir là. Survivre tout au plus. On reprends la voiture et allons a un autre free camp, plus bas. Nous gagnons quelques degrés. Tim me dit que ce soir c’est crash test, on essaye de dormir comme ca et si on y arrive pas, on fera quelques ajustements par la suite. Nous posons la bache pour nous protéger du sol glacé, puis posons les tentes. Ce sera une des nuits les plus froides de ma vie, je ne dormirais que très peu, un vent gelé soufflant contre la tente. Tim, n’ayant pour seul matelas que sont manteau de ski étendu, il passera la nuit recroquevillé en foetus. A chaque fois qu’un pied s’en écarte, le contact avec le sol le pique d’un violant frisson. Le matin, les cernes parlent plus que nous. Le crash test a rendu son verdict, retour à Christchurch pour s’équiper.

Nous repartons le jour même. Les courses sont faites au pak and save (genre de hard discount). Nous n’achetons que le moins cher, pommes, bananes, courges, brocolis, choux, noodles, soupes instantanées, … C’est ultra low cost. Nous ne dormons que dans des free camps, et passons nos journées à randonner. Le soir, dès 19h lorsque la nuit tombe, une vague de froid nous envahi, et à 20h nous sommes chacun dans nos duvets. Même la lecture est rendue difficile par le terrible froid, mes doigts sont comme paralysés et je n’arrive à tourner les pages. Ma technique finalement sera de m’enmitoufler dans mon sac de couchage ne sortant que mon nez et un avant bras, et de me couvrir la tête avec mon manteau de ski. Alors seulement je peux, à la frontale, lire un peu. Je n’ai eu pendant ce voyage de semaine aussi rude.

Dans ces conditions aussi difficiles, Tim et moi nous régalons malgré tout. Chaque jours nous découvrons de nouveaux paysages absolument splendides, ici un lac, là bas une montagne, c’est vraiment incroyable. Par ailleurs on ne s’organise pas si mal et arrivons à faire de bons petits plats, végétariens s’il vous plait! Il faut dire aussi que, peut-être par masochisme, Tim et moi aimons vraiment ces conditions difficiles. Lorsque l’on a plus de confort, nous apprenons à observer et apprécier les plaisirs les plus simples: celui qui n’a jamais eu froid ne connait la jouissance d’un thé vous brûlant les entrailles, celui qui n’a jamais eu faim ne connait la volupté d’une soupe aux légumes, celui qui n’a jamais été réveillé par les frissons ne connait la délectation du feu qui brule les visages, celui qui n’a jamais pris un bain dans un lac gelé ne connait la jouissance de la douche chaude. Ces conditions précaires partagées avec Tim nous ont également permi de tisser des liens tres fort, c’est dans l’épreuve que naissent les plus belles amitiés. Tim n’est pas un ami, c’est un frère.

Etape #2: Flo & Tim

Au bout d’une semaine, nous arrivons vers Wanaka. C’est pour nous un grand moment pour trois raisons: l’occasion de retrouver Nico ainsi qu’Alex son super Flatmate, l’occasion de recuperer Florian à l’aéroport pour le debut de son grand périple avec nous et l’occasion de prendre une douche chaude!!!

Nous récupérons l’ami Flo à l’aéroport. C’est pour moi assez incroyable de le retrouver, et encore plus ici. Nous sommes amis depuis 15 ans, frères même, et pour être tout a fait franc, je ne le croyais pas vraiment au debut quand il envisageait de nous rejoindre. Or c’est absolument génial, à l’ivresse du voyage, les mystères du lendemain, la liberté en somme. Il vient de faire un voyage de plus de 40 heures et a 11h de décalage horaire avec la France, on se donne donc quelques jours avant de retourner dans la « wild hardcore New Zealand ». On se fait des petites bouffes sympas, l’occasion de decouvrir les nouveaux talents en cuisine de Nico, tournoi de ping pong et même la rando Roys Peak, a deux pas de Wanaka, l’occasion d’en mettre plein la vue a Sarazin alias « Buckwheat » d’entrée de jeu.

Nous laissons un jour de repos a Flo, et partons faire Isthmus peak, tout aussi époustouflant et beaucoup moins fréquenté

Etape #3: Tim, Flo, Nils

Je reçois à ce moment là des messages de mon amie Solene. Il se trouve que son chéri doit aller en Nouvelle Zelande pour le boulot et qu’il en a profité pour poser des congés. Il arrive à Queenstown très bientôt, c’est l’occasion de le rencontrer! J’ai un lien si fort avec Solene que j’ai l’impression de rencontrer mon beau frère! J’espère qu’il est cool, parce que si entre eux ca devient serieux, je vais devoir me le coltiner dès que je voudrais voir Solene, or je compte bien la voir le plus possible des mon retour! Le courant passe tres vite entre nous, pour ainsi dire tout de suite. Il est sympa, souriant, conciliant, vraiment top. Et lorsque au milieu de la rando de son sac il sort un saucisson francais, persuadé de me faire très plaisir, cela me fait bien rire! Mais pas besoin de saucisson, je suis deja séduit! Par contre il cavale avec ces grandes jambes!! Ils ont avec Tim un rythme de feu, or je ne veux pas ternir ma reputation de randonneur!! Je suis autant que possible, et explose a 20 minutes du sommet. Ces deux la sont bien trop rapides, je suis battu! La vue de Ben Lomont vaut l’effort néanmoins, jugez plutot:

Nous partons le soir meme pour un trek, le premier pour Flo, qui sera mémorable: Greenstone Caples track. D’abord un Ford coincera la voiture a 10 km du départ, nous decidons donc de poser le campement a cet endroit au bord du lac, en esperant ne pas prendre l’amende de 200$ promise aux campeurs sauvages. Nous ferons les 10 kms en stop le lendemain. La rando est magnifique, beaucoup de foret, de la rivière, puis une ascension vers un col. Nous sommes néanmoins parti sur l’option gratuite et hardcore, pas de hut (refuge), nous dormirons en tente. Or plus nous avancons, moins nous trouvons d’espace pour planter la tente. La foret est extremement humide, c’est impossible… Alors nous continous, avalons les km… 15, 20 25… Nous sommes crevés, Flo au bord de l’explosion, et la nuit menace, mais que faire? Lorsqu’enfin nous sortons de la foret, la nuit tombe. L’humidité est pregnante, notre seul solution: poser les tentes sur le chemin. Il nous sera impossible de planter les sardines mais peu importe. C’est une sacrée première pour Flo, en délicatesse avec ses genoux, 30 km, du dénivelé, et la promesse d’une nuit pourrie sur un col glacial dans un courant de vent. A peine arrêtés, le froid nous prends aux os, et chacun file dans son duvet sans demander son reste. Manger? on mangera demain, le froid et la fatigue nous empêche tous d’envisager quoi que ce soit… Enfin tous? Pas vraiment! Nils, que nous appelons le blond en reference au sketch de Gad Elmaleh, sort de la tente, allume le rechaud, et chantonant nous prépare « un suprême de Milestrone sur son lit de Semoule » servi dans les tentes. Est-ce exagéré que de dire que ce fut mon meilleur repas de Nouvelle Zelande?

Le blond mérite bien son surnom. Son equipement est parfait et son organisation sans faille. Nous poursuivons la rando en écoutant avec plaisir ses precieux conseils. J’utilise pour l’article certaines de ses photos… Plutot que d’avoir pour titre une suite enigmatique de chiffres et de lettres, toute ces photos possèdent un titre et un numéro, encore un truc de blond! Du coup la suite du trek est bien plus facile. 20 km et nous trouvons un endroit dans la vallée et y faisons un feu, l’occasion d’écouter un peu de musique et de discuter au clair de lune. Le jour suivant retour à la voiture apres une longue marche puis un peu de stop. C’est le retour au lac, nous posons le camp, faisons le feu et la cuisine. Mais nous avons un peu les boules, Nils s’est fait une entorse et il ne pourra plus randonner avec nous…

Nous faisons néanmoins durer le plaisir autant que possible. Nils poursuit donc avec nous vers Milford sound, un endroit magnifique parait-il. Nous ne serons pas déçus, notamment lors d’une croisiere: des cascades partout, une faune incroyable, et surtout un petit dej à volonté sur le bateau! Milford a une précipitation moyenne deux fois plus grandes que l’Amazonie, alors autant vous dire que les nuits en tente on été humide. Notre vaillant Flo qui résiste avec brio à toutes les épreuves, m’abandonnera même un soir quittant la tente pour dormir dans la voiture. Moi, pas inquiet, me réveille seul avec 1 cm d’eau dans la tente autour de mon matelas.

Le confort est toujours précaire, mais on rigole vraiment tout le temps tous les 4. Flo, le moins aguerri d’entre nous, fait preuve d’un courage sans faille et garde le sourire. Il nous fait souvent rire car il conserve des réflexes de sa vie anterieure, l’avant backpack, aussi a t’il du mal a gérer des choses qui sont pour nous devenus accesoires. Ainsi est il constamment angoissé à l’idée de ne plus avoir de batterie sur son téléphone, un vêtement sale ou de l’humidité sur sa tente. Il passe un temps incroyable à ranger son sac, mais fini toujours par perdre plein de choses. Ce n’est pas là un sujet de moquerie, j’etais moi meme bien plus attaché que lui à mon confort lorsque nous avons démarré le voyage en Italie, aussi Flo fait il des débuts encourageants. Mais ses obessions de propreté sont hilarantes. Parfois Flo disparait discrètement, et je le retrouve en train de se laver dans une rivière, d’organiser méthodiquement ces chaussettes sur l’etendoir, essuyer sa tente avec du pq, ou meme sécher ses chaussures au sèche cheveux!

C’est finalement le jour des separations avec Nils. On a bien les boules de perdre le blond. Je sais neanmoins que nous nous retrouverons à Annecy! Un nouvel ami, je suis chanceux comme d’habitude. Back on the road, dans la Toyota Corrola de l’ami Tim. Armé du fameux cadeau de Lulu, la soeur de Solene qui, si vous avez suivi est le cherie de Nils (tout est lié!), nous repartons sur le chemin des randos.

Nous avons pour nouvel objectif l’Hump Ridge Track. Il y a en chemin des huts privées, mais nous ne parvenons pas à acheter des tickets. Peu importe, on se débrouillera. Comme d’habitude, cette rando est splendide. On démarre par une somptueuse forêt, avant de longer la plage, une premiere en backpack pour nous! Puis ca monte, et nous arrivons dans une ancienne école transformée en hut. Il y avait autrefois ici un village de bucheron.

J’ai préparé les rations pour les repas, et sachant que je souhaite perdre mes kilos pris a New Plymouth, elles sont un peu légères. Or nous décidons de faire la boucle en entier, la rando sera donc sur 3 jours plutôt que 2. Chaque repas est alors minutieusement préparé et partagé, on s’amuse beaucoup notamment répartissant l’unique tablette de chocolat. Chaque carreau est une jouissance ineffable. La rando est difficile pour nous 3, et a nouveau nous devons noter le courage de Flo. Le deuxieme jour, le froid et la tempête retarde notre repas du midi jusqu’a 14h30. A cette heure, affamés, nous decidons de nous passer d’abri et de manger notre repas malgré la pluie et le vent. Il s’agit de deux tranches de pain de mie, du fromage et un oeuf dur par personne (c’est la diète!). Flo est si affaméeet extenué qu’il ne prend pas le temps de retirer toute la coquille de son oeuf. Lorsque l’on entends la coquille croquer sous sa dent, nous ne pouvons retenir nos rire. L’arrivée à la hut le 2eme soir est épique, les conditions climatiques étant cataclismiques. Plusieurs fois je tombe sous l’effet du vent. Tim arrive en premier puis je le rejoins. Lorsque 30 minutes apres, Flo ouvre la porte, il est si fatigué qu’il n’arrive plus à parler. Je suis heureux de le voir se depasser et rencontrer ses limites. Ces efforts ne sont pas vains, la nature nous offre un magnifique levé de soleil le lendemain. Le dernier jour, Tim part devant, et je reste avec Flo qui s’est tordu le genou dans une chute. Au milieu de journée, Flo a une envie pressante. Il part donc faire ca petite affaire et lorsque je crois l’entendre revenir, je me retourne et tombe nez a nez avec… Tim! Il s’est trompe de chemin ce matin, et a perdu plus d’1 heure! Il va si vite qu’il ne voit pas les panneaux ! C’est avec un immense soulagement que nous retrouvons la voiture. Nous sommes crevés, sales, affamés, et flo est en morceaux: genou tordu, ampoules aux pieds, douleurs dans le dos, fatigue généralisée… Ce soir c’est promis, on se paye un hostel! A nous les radiateurs, lits et douche chaudes!

C’est toujours dans ces moments la que le destin s’en mêle. Lorsque nous arrivons à la voiture, elle ne s’ouvre pas: plus de batterie. Nous essayons en vain de la pousser et la démarrer, rien ni fait. Nous voila coincés sur ce chemin en gravier pour de bon. On accuse le coup tout en gardant le sourire. Un fermier armé d’une moustache et d’un grand fusil vient à notre rescousse. Sans poser de questions, il attache la voiture à son 4×4, et fonce à 70km/h sur le chemin de gravier. Tim au volant est nerveusement mort de rire tandis que moi, carrement flippé, je m’agace clairement: « concentre toi!! ». Flo a l’arrière est totallement relax.

Nous croisons le dépanneur sur la route. Il prend les commandes de la Toyota et nous demande de conduire son énorme 4×4 « You drive that, I drive that » avec un accent incroyable. Tim est aux anges, au volant de ce gros machin. Dans tout le village les gens nous saluent, nous prenant pour le dépanneur, une célébrité ici semble t-il. Arrivés trop tard, la voiture sera réparée le lendemain. Le garagiste nous propose de poser les tentes entre les voitures, ou d’aller à l’auberge du village ou nous sommes, Tuatapere. Nous allons donc à l’auberge, ou un vieux grincheux nous demande 35$ par personne. Thenardier en herbe. Pour moi c’est non, je ne mettrais pas plus que 20$, idem pour Tim. Le vieux refuse et nous partons. Mais je vois dans les yeux de Flo un moment de désespoir… La douche, la douche était la, le lit, le radiateur, le repos, tout à porté de main, pour un billet de 20 euros. Vu tout ce que l’on vient de vivre, ses blessures diverses et son état de fatigue généralisé, je lui dis:  » Allez vas-y, on se retrouve demain, tu l’as bien mérité ta nuit au chaud ». Apres une hésitation, Flo se décide à y aller. Quelle ne fut pas alors notre surprise de voir FLo revenir quelques minutes plus tard: vexé, le vieux ne veut pas l’accueillir, même à 35$! Cela me rend fou, franchement, refuser le gîte à quelqu’un d’aussi fatigué, c’est inhumain! Je vais le voir, et lui dit ce que je pense. J’ai ensuite un certains nombre de projets, parmi lesquels defequer sur son bureau, mais heureusement je me retiens de les mener à bout. Le lendemain Tim me dit que le mieux à faire, c’est de lui offrir du chocolat, de répondre à la haine par l’amour. Décidément Tim me surprends chaque jours. Bref, nous voila donc coincé sur le parking d’un garagiste pour cette nuit! Ce soir la, je dois le reconnaitre, Flo m’a a nouveau impressionné, non seulement il a avalé sans broncher la couleuvre du petit vieux, mais il a trouvé le courage de prendre une douche froide, alors que la nuit était tombée, au tuyau d’arrosage du garage. (la vidéo est disponible sur demande).

Le lendemain, un autostoppeur nous rejoins pour de nouvelles aventures:

Etape #4: Tim, Flo, Nico

On ne perds pas de temps, et on file vers le Kepler Track. Des conditions dantesques sont prevues la haut, mais on aime ca en fait. La rando est splendide, le vent extrême lui donne un côté épique.

Le soir nous ca part en tournoi de belote dans l’attente des popcorns de Nico qui ne viendront jamais! Tim, mon associé découvre la belote, et pour un néophyte il est vraiment très bon au point qu’il m’arrive d’oublier qu’il débute… Notamment à cette partie ou il a tout foutu en l’air en ne jouant pas coeur quand c’était demandé! Sans ca nous aurions remporté le tournoi! Grrrr. Non en vrai Tim a super bien joué, Nico et Flo ont juste eu beaucoup de chance… ^^

Dès que l’on arrive en hut, je me glisse dans mon sac de couchage, c’est la technique dites de la chenille, et ça fait bien rire tout le monde! Flo lui, ne peut pas le faire, il est trop occupé a se lever frénétiquement entre chaque manche de belote pour vérifier l’avance du séchage de ses chaussettes! Quelle crise de rire de l’entendre marmonner à chaque fois qu’il les touches et en constate l’humidité!

La suite du programme? Les Catlins, des huitres sauvages à bluff pour les amateurs, des rando en pagaille, une amende sur le parking de Pak and Save d’Invercargill, une partie épique de Smallword à Dunedin et enfin l’achat compulsif du jeu 7 wonders, qui nous suivra sur toutes les randos. En image:

L’accent Canadien

L’essuyage au PQ

Gregory?

Etape #5: Tim, Flo, Nico, Antoine

Il ne manque plus que Thais et la dream team est au complet. Antoine, notre surfeur/barrista vient de nous rejoindre. Un joueur de plus pour 7 wonders!

Au même titre que cet article, la fin du périple part en cacahuète. Pour ne pas payer de logement, nous ne dormons qu’en hut. Le matin apres le peti dej, nous descendons, prenons les voitures, faisons les courses, puis attaquons une nouvelle rando dans le but de trouver une hut. Notre préférée est Meg hut, un refuge en taule avec une grande cheminée. Il faut couper du bois gelé à la scie, ce qui n’est pas facile. Visiblement je suis celui qui s’en sort le moins bien, je fais marrer tout le monde en sciant! Nous partons avec des sacs remplis à craquer de vivre et de boissons. Nous prenons une énorme marmitte,  » La grosse berta » grace à laquelle nous preparons de succulents repas au feu de bois. Nous sommes passés experts dans l’art de la cuisine en hut, notamment Nico qui est devenu un vrai cuistot. Nous nous pensons a la limite de l’indescance, jusqu’à ce qu’un soir nous soyons rejoins par Neo-Zelandais de 50 ans, ayant exagéré bien plus que nous: nous sommes des petits joueurs en fait!

La douche quotidienne:

Un peu de bois pour le feu:

Ford #1

Passage de Ford en Van:

Etirement douteux:

Pour l’anecdote, à Meg Hut, alors que Flo avait ENFIN réussi à secher ses chaussures, il mettra ses deux pieds chaussés dans la rivière suite à une glissade impromptu, generant un fou rire généralisé ! Et le lendemain matin, nous sommes réveillés par les aller retour frénétique de flo fans la hut, visiblement grognon. Il s’arrête finalement et nous déclare « putain les gars, je me suis fait voler les chaussettes par les souris! »

Voilà mes amis. That’s New Zealand. Avec ses couleurs, ses difficultés, sa brutalité. Et comme l’indiquait Laure Laroque au début du voyage, « No road is bad with good company »!

2 réflexions sur “Des pirates en Nouvelle Zélande

  1. Quel plaisir de retrouver ta plume, ton style, tes narrations. Photos magnifiques. Quelle expérience de vie !
    Et bravo à Flo pour son adaptation 🙂

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