Enfin seul! Le Sud de l’Inde s’offre à moi!

Après la grosse claque que nous avons pris en arrivant a Mumbai, il est temps pour Mathieu et moi de nous séparer. Il part méditer alors que je suis libre pour 15 jours.
Enfin seul! Youhouuuuu!
Un peu hagard, fatigué physiquement, abasourdi par ces derniers mois de rencontres et de dépaysement je ne savais pas vraiment quelle tournure j’allais donner à ces quinze jours qui s’offrait à moi avant de voler en direction du Mexique. Mon choix balançait entre une expérience de volontariat, proche de Mumbai, dans un endroit calme en prenant le temps de rencontrer mes hôtes, ou partir pour le sud de l’Inde dans une aventure solitaire mais très bien vendu par un ami indien rencontré dans l’auberge. Choix difficile , pour une vie compliquée.
 

Finalement, je file à la gare en taxi pour mon premier voyage en train indien. J’adore les trains de nuit en France et cette proximité éphémère que créent 3×2 lits superposés dans un espace de moins de 10 m2. Ici, mes compagnons de nuit seront indiens. Quand j’arrive à ma place, deux sœurs sont déjà assises et, curieuses, commencent à me questionner. Elles sont amusantes mais la plus bavarde ne restera pas, elle n’est la que pour accompagner sa petite sœur, Aiswarya, qui rentre chez leurs parents dans le Kerala. Les autres passagers arrivent. Je ferai la route en compagnie d’un couple d’indiens venu visiter leur fils à Mumbai pour un mois, d’un businessman possédant plusieurs usines de textile, d’Aiswarya et de deux autres personnes dont je n’ai eu aucun détail. Je ne suis donc pas dans la pire des classes pour ce premier voyage, nous avons l’air conditionnée et des draps pour nos lits. J’alternerai discussions avec mes voisins, rêverie en regardant le paysage, lecture de Foundation d’Asimov et visionnage de films. Mais le moment que j’ai préféré du voyage, c’est quand je suis allé au bout de mon wagon, vers 18 heures, et adossé à la porte ouverte du wagon les rizières et le paysage tropical de l’Inde a défilé devant moi.

Le passage d’un pont à plus de 10 mètres de hauteur d’une rivière et à 80 km/h garanti une bonne montée d’adrénaline! Sentiment de liberté intense avec le vent qui s’engouffre dans mes cheveux et les creux de mon visage. Il est alors l’heure d’aller dormir et avec Aiswarya nous prendrons les lits les plus hauts pour laisser aux plus anciens les lits les plus accessibles. Bonne nuit.

Le lendemain matin, je me séparais de mes amis d’un jour pour commencer mon aventure. La première nuit je la ferai dans un hôtel miteux mais avec une chambre privée ! La classe ! J’en profite pour passer un coup de téléphone à mes parents et échanger quelques nouvelles. Malheureusement, la chambre n’était pas totalement privée… Les moustiques n’avaient pas payés leur part mais ils n’ont pas hésités pour autant de se servir des cocktails sur mon dos,.., mon cou, mes mains, mes jambes… 3 heures de sommeil seront juste assez pour être sur d’avoir la tête embrumée à mon réveil. Mais l’achat de deux mangues bien mûres sur le marché aura suffi à lancer ma journée.

D’Ernakulam, je voulais traverser vers Fort Kochi mais c’était sans compter la grève générale qui s’était déclarée dans tout le Kerala. Dans cet état, c’est le parti communiste qui dirige et, la veille, un représentant du parti ou d’un autre, s’est fait assassiné. « Ce n’est pas la première fois » m’expliquent quelques personnes dans la rue. En tout cas, aucun ferry « municipal », alias pas cher, ne fera la traversée mis à part des ferries privés qui profitant de l’occasion ont multiplié tranquillement leur prix par dix. Pour vérifier l’information, je questionne de nouveau quelques passants qui me confirment la grève. Je n’ai vraiment pas envie de rester à Ernakulam c’est sympa mais une nuit m’a suffi. Puis, j’interroge une dernière personne assis au bord de l’eau avec son fils. Saju est pasteur et après lui avoir expliqué mon problème, il me confirme à son tour que ça risque d’être compliqué au vue de la situation exceptionnelle. Il réfléchit, et s’exclame d’un coup « je vais t’emmener en scooter ». Je le remercie mais je ne veux pas lui gâcher sa journée avec son fils et il faut quasiment une heure pour contourner en prenant le pont qui relie les deux bras de terre. En plus, c’est dimanche jour du seigneur, jour de repos. Il insiste, je refuse, il insiste, je refuse, il insiste de nouveau et j’abdique, je n’ai plus le choix et puis il faut avouer que ça me rend bien service. Je monte derrière lui avec beaucoup de grâce et surtout avec mon gros sac sur le dos. Tiré en arrière par le sac, mes jambes en tension et le soleil me chauffant tout le corps,  nous voila parti pour 40 minutes compliquées. En réalité, j’ai étonnamment cru perdre mes adducteurs mais je crois avoir réussi à cacher ma détresse à mon chauffeur providentiel. Régulièrement, il me demandait si tout allait bien. Les dents et les fesses serrées, je répondais calmement que tout allait pour le mieux.  Arrivant dans les vieux quartiers coloniaux de Fort Kochi, il me proposa un détour à la synagogue du coin. Un peu surpris mais touché par le temps supplémentaire qu’il m’accordait, j’accepta malgré ma position inconfortable. La descente du scooter est un de ces moments de joie qui provient entièrement de la fin d’une souffrance. La visite sera express mais agréable. D’autant que la situation m’amuse : visite guidée d’une synagogue avec un pasteur catholique qui pense sûrement que je le suis aussi. Je ne veux pas le froisser et je préfère ne pas lui dire que je ne crois pas / plus en Dieu.  Mon ami n’était pas rentré dans le bâtiment depuis sa jeunesse et se félicitait d’y être retourné. Nous ressortons et arrivons devant mon auberge. Après l’avoir chaleureusement remercié, je lui tend un billet pour le rembourser à minima des frais d’essence. Mais en refusant, il me répond :  » Nous sommes amis maintenant ». Amicalement, il me serre une dernière fois la main. Puis, après avoir remis son casque et avoir fait demi-tour, il disparaît derrière le bâtiment qui longe l’auberge. Les preuves de générosité sont sans fin dans ce voyage et je reste hébétés quelques secondes par ce qui vient de se passer.  Monsieur le pasteur, mes respects, je vous suis vraiment reconnaissant.

Fort Kochi a peu d’intérêt sauf pour sa ballade familiale au bord de l’océan et ses filets de pêches chinois qui fonctionnent toujours. L’ambiance est agréable et paisible. Beaucoup de marchants en tout genre sont postés au bord de la promenade proposant sucreries, spécialités locales ou encore de frire pour vous le poisson fraîchement péché acheté aux pêcheurs d’en face. 

Je decide ensuite d’aller me perdre dans l’intérieur de la ville. Au détour d’une ruelle, je commence à remarquer une jeune indienne qui m’intrigue car elle vogue seule, comme moi, dans le quartier,  et scrute chaque bâtiment avec attention. J’irai finalement discuter avec elle. Elle est en fait étudiante en architecture et fait un stage à Kochi pour 6 mois. Ce n’est pas l’éclate ici selon ses propres mots et elle est pressée de retourner chez elle. N’ayant pas beaucoup de choses à faire ici, elle se balade quotidiennement dans la ville pour observer attentivement l’architecture des maisons. Alors que le soleil est couchant, nous passons une heure à discuter en explorant le quartier.

Finalement, la nuit tombe et avant de nous séparer elle me propose de goûter un « pani puri », qu’elle m’offre gentillement. N’étant ni Victor Hugo, ni Joël Roblochon une photo parlera mieux qu’une description.

Rencontre agréable d’un soir qui nous amène à nous souhaiter sincèrement le meilleur pour la suite et conscient du caractère éphémère de ce moment qui s’achève, ni l’un ni l’autre ne proposons d’échanger nos coordonnées mais nous nous exprimons notre gratitude pour la douceur de cette simple rencontre.Ma nuit sera tout aussi tranquille que la fin de ma journée.

Le lendemain, à 8h, un thé Masala à la main, je cherche mon premier bus local pour aller vers Allapey connu pour ses backwaters. Le bus direct n’est jamais arrivé, j’ai attendu pourtant. En tout cas, j’embarque avec les écoliers qui s’amusent, se racontent des histoires et me regardent un peu bizarrement. Puis, le contrôleur m’indique que je dois descendre ici pour changer de bus. C’est un grand carrefour et un peu perdu, je ne sais pas où me positionner. Un homme me demande ma destination voyant mon embarras. Quand je lui annonce « Allapey », il m’explique grand sourire qu’il travaille là-bas . Il m’indique de le suivre.

Allepey et ses backwaters seront pour moi un havre de paix et de tranquillité. L’auberge de jeunesse qui m’accueille sera vide pour les trois jours que je passerai là-bas. Un groupe de teenagers américains qui avait réservé le dortoir ne sera jamais arrivé. Le dortoir de 10 lits devenait alors ma chambre avec salle de bain privative. La réceptionniste et les employés du matin m’offraient leurs sourires pour le petit déjeuner alors que le réceptionniste du soir me conseillait de bons restos aux alentours. J’étais chez moi, avec des amis.
Au bout de la route m’attendait la plage et j’avais rendez-vous avec le soleil chaque soir vers 18h pour assister à son coucher. Un soir, après avoir marché seul sur la plage, je décidais de m’asseoir sur le sable. Mon esprit divaguait alors que je songeais de nouveau à ma place dans ce cosmos comme m’a invité à le faire Michel Onfray. Mon regard était perdu à l’horizon et les couleurs rouge et orange du ciel m’offraient une nouvelle fois dans ce voyage un magnifique spectacle. Le moment était déjà agréable mais il est devenu incroyable lorsque jaillit un animal hors de l’eau, dans l’axe du soleil couchant. Quelle surprise quand je pris conscience qu’un dauphin venait de m’offrir un saut spectaculaire qui n’existe normalement que dans les documentaires animaliers. Dans un premier temps paralysé par cette vision, je me retournais ensuite à droite puis à gauche dans un élan d’enthousiasme, cherchant sur la plage une personne avec qui partager cette simple mais puissante joie. Personne à l’horizon alors que le dauphin s’éloignait rapidement en faisant maintenant de petits sauts permettant à peine de distinguer son corps. Ma connexion au cosmos était devenu visuelle avec ce dauphin. 

Regardez vers 00:15 de cette video au centre (prendre une loupe, je vous jure il est la) :

C’est en rentrant à l’auberge que je me rendais compte encore davantage de la chance que j’avais eu, quand, relatant les faits à mon colloc (le receptionniste indien de l’auberge), il m’expliqua qu’il n’en avait jamais depuis qu’il est né ici! Il avait 28 ans.
Cette soirée m’offrira aussi une rencontre avec Thomas, un père de famille et gérant d’une entreprise de bâtiment à Allapey. C’est dans le bar « Wine and Beer » me retrouvant à sa table, aucune autre n’étant libre, que nous avons commencé à discuter. Son anglais n’était pas terrible mais la Kingfisher, la plus connue des bières indiennes (mais pas la meilleure), m’aidait à déchiffrer ces paroles alors qu’à chaque pause j’en profitais pour enfourner dans ma bouche une poignée de ces pois chiches piquants qui réveillaient sérieusement mes papilles. Après s’être chacun offert une bière, il était temps de nous séparer. Je rentrais en direction de mon auberge alors que mon compagnon du soir allait retrouver sa femme et ses deux enfants.

Le lendemain, je découvrais les backwaters en ferry. Bateau local qui amène autant les locaux sur leurs petites îles où ils vivent qu’il permet aux touristes de faire un tour pas cher des backwaters. Les locaux lisent le journal alors que les touristes observent les environs et prennent des photos. Matin normal a Allapey.
Etant monté le dernier, je me suis retrouvé à la place de l’idiot, juste à côté du moteur. Le réveil auditif sera un peu violent. L’équipage est bien rodé pour assurer proprement tous les arrêts  successifs pendant les 3 heures de traversée. Je m’amuse à les observer tantôt actifs et tantôt totalement inactifs regardant à l’horizon ou lisant leur journal. A chaque stop, certains passagers descendaient avec leurs sacs de riz ou autres denrées alors que d’autres montaient avec des chaises, des tonneaux remplis ou d’autres objets non identifiés.

Mon activité principale sur le bateau était la prise de photos alors que le paysage devenait de plus en plus joli et de plus en plus pittoresque.

Une fois arrivé de l’autre côté des backwaters, j’ai fait la connaissance de deux hollandaises vegan qui était sur la meme embarcation que moi. Nous nous baladerons ensemble aux abords de la rivière et découvrirons le charme tropical de ces chemins. Nous marchions littéralement dans les « jardins » des maisons des habitants de la zone qui souriaient ou nous proposaient de s’asseoir quelques minutes malgré une communication difficile dans la plupart des cas. Le sourire et le hochement de la tete étant alors nos meilleures options.

Les filles étaient drôles et elles m’ont proposée gentillement de me coacher pour une transition vers le veganisme. Commençons déjà par le végétarisme et on verra ensuite! Tessa me parlait d’un programme sur youtube de 40 jours qui expliquait la nutrition qui allait avec le veganisme et surtout une recette par jour pour faire sa transition et savoir quoi cuisiner. C’est le principal mystère pour un non vegan. Malheureusement,c’est en Dutch. Dommage.

Aux detours d’une maison, nous faisons connaissance de trois femmes qui pouvaient nous amener à l’arrêt de bus pour la « ville » du coin. Nous les suivons et rigolotes aussi, elles s’amusent avec Hema et Tessa par des regards et des mimiques. J’en profitais pour faire le paparazzi.

En route, nous tombons sur une école et les gamins jouent dehors surexcités et deviennent fous en nous voyant. Le professeur nous invite à rentrer et à voir la classe. Les enfants me demandent de les prendre en photo.

C’est la fin de la recrée et les enfants font une sorte de prière assis à leur table avant que le cours reprenne. C’est le moment de partir pour nous d’autant qu’un professeur commence à nous demander de l’argent. Technique de fourbe qu’est de faire rentrer les touristes dans l’école et leur demander ensuite de l’argent en expliquant que les enfants sont pauvres… Meme si le besoin peut être la, la méthode derange.
Nous terminerons la visite des alentours en rejoignant le centre ville et en s’offrant un repas dans une sorte de cantine pas cher mais avec une nourriture délicieuse et un service qui se fait en moins d’une minute dans une assiette en acier avec des compartiments pour les sauces, le riz, le dal et la galette fine croquante. Miam Miam.
Il est temps pour nous de reprendre le bateau pour retourner a Allapey. On s’amuse avec les gamins dans le bateau qui se font déposer dans les premieres îles. Juste le temps pour eux de nous apprendre une technique de pliage qui permet de faire un bruit, comme un petard. J’ai retrouvé la technique sur internet.

https://fr.wikihow.com/fabriquer-une-bombe-en-papier

En rentrant au ‘port’ d’Allapey nous avons vu un bateau étrange très fin et très long. Allapey est en fait connu en Inde pour les backwaters mais aussi pour ces courses de bateau du Nehru Trophy, un genre d’aviron local mais avec 95 rameurs par bateau. Impressionnant! 

C’est l’heure de nous dire au revoir avec Tessa et Hema qui retournerons a Bengalore alors que j’irai en direction des plantations de thé de Munnar. Merci les filles pour ces moments marrants et hasta luego Alappuzha.

L’Album photos c’est ICI.

Des plantations de the ?

Des scooters ?

Des gens bizarres ?

 

Humm hum le prochain article a l’air bien…

5 réflexions sur “Enfin seul! Le Sud de l’Inde s’offre à moi!

  1. Claire HERITIER dit :

    Merci de ce beau reportage, texte et photos… super ce petit « aparte » en solitaire avec plein de rencontres et de découvertes !

  2. lili dit :

    Magnifique descriptions et photos. Ne connaissant que l’Inde du nord, ça donne envie d’aller dans le sud. Ne nous faites pas attendre si longtemps pour les prochains articles !
    Nico, je m’entraine encore chaque semaine pour faire des plats indiens, ta place à notre table t’attend pour tester tout ça 🙂

  3. Auclair dit :

    Hello Nico !
    Nous deux, on s’connait pas mais je t’invite à la maison en CDI. Si Lili t’invite à goûter ses plats indiens, moi je t’invite à les confectionner !!…
    Et en effet, vos commentaires nous ont manqués ces dernières semaines !!!
    A bientôt !!

    1. Nico dit :

      Hello! Mais on se connait!
      J’ai eu la chance de déguster une côte de boeuf et un superbe vacherin dans le restaurant à côté de Toulouse!
      Avec plaisir pour te rendre l’appareil en cuisinant indien. Il faut que je m’entraîne avant le retour!
      A bientôt!

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