Ladakh: de retour avec ce gros connard de Nico à 5300m

C’est le ventre bien rempli et le cœur lourd que je quitte ma famille de New Delhi pour retrouver Nico à Leh, tout à fait au Nord de l’Inde. Il m’a plus ou moins donné rendez vous dans une auberge, en face de « Bon Appétit » il y a de cela dix jours. Depuis aucune nouvelle, il n’a bien sur pas accès a son téléphone pendant Vipassana. 

Je me décide à faire les kms de l’aéroport à l’auberge à pied. Qu’est ce que c’est difficile! Leh est en effet perché à 3500m de haut, le souffle est court. Sur le chemin je me demande quel Nico je vais retrouver. Vipassana est une experience très forte. Voudra-t’il beaucoup parler n’ayant pu le faire pendant 10 jours? Ou au contraire aura-t’il envie de s’isoler? Je me prepare à toutes les éventualités. J’arrive enfin à « Bon Appétit » mais ne trouve pas l’auberge indiquée. Je cherche, demande, mais personne ne connait cette auberge… Ca commence bien! Finalement un vendeur me donne la clef de mon énigme: « ohh il existe 2 Bon appétit, l’autre est bien plus au Nord » Grumbbbblll. Je fini par trouver l’auberge, fait le check-in et m’installe. « Vous avez internet? Oui mais la il n’y a pas d’électricité… » Je prend mon mal en patience et je vais boire un thé au fameux « Bon Appétit ».

L’électricité revient, je me branche sur internet et allume mon téléphone. Nico m’a envoyé un message que je juge assez froid: « bonjour ». Puis quelques heures plus tard, il me dit ne pas être allé a l’auberge mais ailleurs, pour suivre un ami de Vipassana. Je suis surpris de cet accueil glacial, mais je ne perd pas de temps à interpreter bêtement. Je vais donc le retrouver dans la maison d’hôte ou il est et, surprise, il est plutôt enchanté de me voir! C’est réciproque, presque deux mois sans ce voir et tant de trucs a se raconter! La maison d’hôte ne coûte rien (2,5 euros/personne) et est très calme. Ca fait du bien après Delhi. On par visiter Leh, petite ville touristique mais très charmante. Cela devient très vite ma ville préférée du voyage. Le matin, nous allons dans un de nos deux restaurants favoris, « Little Tibet » ou « Crossroad ». Ils possèdent des menus immenses, allant de la cuisine italienne à la cuisine tibétaine, en passant par l’israélienne, la continentale et la cuisine Thai! Cela coûte quelques euros, et c’est super bon! Mais leurs must restent la spécialité locale, le veg momo ainsi que le meilleur dessert testé pendant le voyage, le « hell of the queen ».

Par contre attention! Ne pas tomber dans le piège du « butter thé », on a vraiment l’impression de boire du beurre salé, c’est dégueulasse! Je me fais assez vite à l’altitude, aussi décide t’on de faire un trek. Mateusz, le Polonais, sera de la partie.

Markah Valley, un trek de 4 jours. 

On a tout!

1er jour:

Notre ami n’a que 5 jours devant lui, aussi décidons nous de couper par Chilling, économisant ainsi deux jours. La traversé est plus périlleuse que prévu! Mais au moins ca démarre fort!

Il faut ensuite grimper quelques centaines de metres, pas facile, le souffle est court! On est déjà à 3800m. Il y a devant nous un groupe d’ânes, il nous suffit alors de suivre les « Donkey poop » pour trouver notre chemin. Il fait beau, la balade est agréable. Nous croisons des français, ainsi qu’un espagnol qui a pris un guide. Les français nous conseillent de nous presser un peu les deux premiers jours, les deux derniers étant plus difficiles. Le guide nous dit de réserver à l’avance toutes les « home-stay »… Nous on préfère débarquer a l’improviste!

Premiere guest house:

2eme jour:

C’est l’occasion pour nous de découvrir les petites baies oranges. Attention de ne pas se piquer les doigts en les ramassant. Parfois sucrées, parfois acides, c’est toujours amusant de s’arrêter pour picorer. Et parfois on tombe sur une maison ou ils proposent du jus de ces baies d’argousier, c’est trop bon!!

Mis à part l’altitude, la rando est assez facile pour tous les trois. Vers midi nous ouvrons notre pique-nique. Ici les guest-houses sont très authentiques, on dort vraiment chez les gens. Ils sont néanmoins briefés sur la manière d’accueillir les touristes. Cela crée d’importants contrastes: le soir on a l’impression de manger les recettes locales en famille (riz, lentilles, legumes dans une grosse marmite), alors qu’à midi nous est fourni un pique-nique standard et standardisé: 1 chapati, une pomme de terre, un œuf dur, une tranche de fromage a burger, un biscuit au chocolat et une brique de lait sucrée a boire.

Nous découvrons aussi des baies rouge, sans savoir si elles sont comestibles… Nous essayons en vain de faire de Mateusz notre cobaye, mais il est méfiant!

Nous avons la forme, les kilometres passent vite. Il n’y a qu’une seule ombre au tableau: le pauvre Mateusz doit faire ses nouvelles chaussures en cuir, aussi a-t’il plein d’ampoules. Le soir il achètera des chaussettes en laine, espérons que cela ira mieux ainsi!

Les paysages sont de plus en plus fabuleux. Déjà les montagnes sont splendides, mais à celles-ci s’additionnent des vallées vertes et jaunes éblouissantes. C’est la récolte de l’orge tibétaine, nomme ici « tsampa ». Le spectacle de ses a paysans – à l’aune du soleil se couchant- battant l’orge pour en faire tomber le grain me marquera a jamais. Nous aurons l’occasion de goûter le tsampa sous toutes ses formes, dans des soupes, en porridge, en farine et meme en alcool!

Le soir nous trouvons refuge dans une magnifique guest house en flan de montagne. Nous avons la sensation de dormir sur une falaise.

Le soir, la dame qui nous accueille nous demande ce que nous voulons manger. Je lance « Veg momo » a moitié pour rigoler et… ca marche!! Veg momo a volonté!!! Mateusz qui en est fan est aux anges, il en mange une vingtaine!

3eme jour:

« Guys, I think I am sick… »

Ce sont sur ces mots que Mateusz a ouvert la journée. Mince. Que faire? Nous sommes a mi-chemin, il faudrait au minimum 2 jours pour retourner sur nos pas… Et pas sur de retrouver une voiture au point de depart, les taxis n’y viennent que sur commande, or nous n’avons pas de réseau ici. Le prochain téléphone satellite est a 1 journée de marche.

Nous décidons de poursuivre le trek, en espérant une amélioration. Le plus dur reste a venir. Nous marchons mais Mateusz ne va pas bien du tout. Il vomit régulièrement, transpire beaucoup puis a très froid. Nous lui proposons de porter ses affaires, essayons de l’aider autant que possible mais rien n’y fait. En fin de matinée nous n’avons fait que 6km. On fait une pause dans une auberge, et il est assez vite clair que Mateusz ne repartira pas aujourd’hui.

Nous prenons notre mal en patience. Apres tout nous avions un jour de battement, nous ferons donc le trek en 5 jours plutôt qu’en 4. Nico va faire une sieste tandis que je dévore le chef d’oeuvre « Le tigre blanc ». Je fais également la rencontre d’une espagnole qui s’avérera amusante pour plusieurs raisons. A premiere vue, elle a tout de la baba cool, libérée, ouverte sur le monde et le cosmos, spirituelle, curieuse et passionnante. Apres avoir engage la discussion, un petit detail physique vint subitement me … « surprendre ». Et ce detail que je ne sus ignorer vint me mettre dans une situation intellectuelle delicate. Sur le papier et en tant que féministe, c’est un detail que je trouve naturel voire normal. Cela dit, confronté à la situation, il me fut très difficile de l’ignorer totalement! Et rester concentré sur la conversation devint une vraie lutte! Pour mieux comprendre, il faut absolument lire cette video:

Nous recroiserons cette fille plusieurs fois pendant le trek, j’arriverai alors a tenir des conversations malgré le detail sus mentionné. Or il s’avère que cette fille est l’inverse de tout ce que j’avais pu imaginer de positif. Elle s’est mise a se plaindre du trek, disant qu’il était trop « confortable ». Dans la meme journée, elle se montrait mécontente de ne pas avoir de biscuit avec son thé. Puis elle s’est mise a être totalement condescendante avec nous en apprenant que nous comptions retourner a Leh en navette plutôt qu’en stop. Il semblerait d’un coup que tout plaisir ou confort qui nous écarterais de la droite ligne des « vrais aventuriers » devait nous être reproché. Bref, inutile d’en faire des pages sur cette fille « toxique ». Cette rencontre a néanmoins été très intéressante pour Nico et moi, car nous nous sommes rendu compte que d’être « roots » ou « baba cool » ne signifie pas forcement être tolérant. J’ai finalement 1000 fois plus d’atomes crochus avec Xavier et Martine, un couple de Suisses rencontrés au Sri Lanka qu’avec cette fille. Quand bien même ils travaillent pour Coca-Cola et n’ont pas la fibre révolutionnaire, les discutions que j’ai pu avoir avec eux étaient passionnantes. La sociologie d’un individu n’en détermine pas la valeur. Ce fut pour Nico et moi également l’occasion d’un intéressant mouvement introspectif: oui, le voyage nous permet de grandir en maturité, et d’avoir des convictions de plus en plus tranchées. Mais jamais il ne faudra tomber dans l’abysse de l’intolérance.

4eme jour

Le calvaire de Mateusz doit reprendre. Aujourd’hui nous ferons presque 20 kms et il y aura du dénivelé. Avec Nico en revanche, on est en plein kiff. Voici qu’il y a un pont et une rivière, aussi ai-je subitement envie de me rafraîchir. Un instant de bonheur pur, à nouveau, une envie de crier sa liberté face au monde!!

La montagne partout, de toutes les couleurs, les marmottes, les rapaces, les yaks, le vent, le ciel. C’est beau tout simplement. On se sait privilégiés, et, au milieu de ces manifestations immenses du cosmos, nous vivons des instants de bonheur indicibles. Prenez un instant pour observer ses photos, alors vous pourrez entrevoir ce que nous avons ressentis.

Nico et moi marchons ensembles mais seuls, je veux dire a 30 metres d’intervalles. Nous voulons chacun profiter de ce bonheur intense. Nous nous retrouvons toutes les demi-heure, pour attendre le pauvre Mateusz. Les ampoules? il en a d’énormes, mais c’est le cadet de ses soucis désormais. Il fait 20 metres, puis s’arrête pour reprendre son souffle. Parfois il vomit. Son insolation est doublée d’un mal des montagnes de plus en plus pregnant. Nous posons nos affaires et faisons demi-tour, pour récupérer ses affaires. Comment l’aider? il semble que les mots ne soient que maladresse. Ce soir nous dormirons a 4700 metres, surement la nuit la plus longue de sa vie.

En attendant, Nico et moi sommes de très bonne humeur. Le manque d’air nous rend légèrement euphorique, voire très cons!! (Y a t’il vraiment un lien de causalité avec l’altitude???). Nous nous couchons finalement, armés de deux couettes chacun. Nous hésitons a aller en chercher une troisième, mais nous « avons la flemme ».

5eme et dernier jour

Et bien mes aïeux, a 4700 ca caille !!!! Et la troisième couette on l’a regretté toute la nuit!

Cette fois on prend carrément toute les affaires de Mateusz. Nous avons devant nous le passage, 5300 metres de haut, il faut que Mateusz le passe! La météo est moins sympa que les jours precedents, cela dit la balade est agréable. On a juste l’impression d’avoir 2 de tension. Grace a un dernier effort, Mateusz passe le col. C’est avec des chaussettes sur les mains et des sourires jusque la que nous fêtons notre ascension. Plus haut que le Mont Blanc! 

Désormais il nous faut descendre, le plus dur est derriere nous. Mateusz galope, à mesure que l’altitude baisse il retrouve des couleurs. Bientôt nous pourrons avoir avec lui une vrai conversation, ce n’étais pas arrivé depuis le 2eme jour! Nous préférons passer par les rivières caillouteuse plutôt que les chemins qui montent, cela offrira a Mateusz comme a moi une belle gamelle!

Conclusion:

Ce trek a vraiment été incroyable. C’est sur je reviendrais au Ladhak, en faire d’autres, encore et encore. J’ai pris plein de videos avec la Gopro, si un jour un PC tombe entre mes mains, je vous promet un montage video. En attendant, je vous laisse avec mes quelques mots, en espérant que vous aurez envie d’y aller. Promis, vous ne serez pas deçus!!

6 réflexions sur “Ladakh: de retour avec ce gros connard de Nico à 5300m

  1. Claire HERITIER dit :

    Magnifique… j’ai bien retrouvé le Laddack de mes et quelques années… toujours aussdi époustouflant ! Photos et reportage me donnent bien l’envie d’y faire un tour… mais uin peu loin et haut pour moi aujourd’hui !

  2. lili dit :

    MAGNIFIQUE !!! Tout ça me donne envie de reprendre mes pinceaux pour peindre ces paysages avec ces montagnes immenses. L’avantage c’est que je suis au chaud 🙂
    Je vais aussi chercher des recettes pour pouvoir vous cuisiner des “veg momo” quand vous reviendrez sous nos latitudes.
    A très vite j’espère le plaisir de vous lire.

  3. Auclair dit :

    Hello !
    Enfin “du commentaire” !!!! 😀
    A quand un Noël en famille là haut ??
    Thibault me dit qu’il est partant !! Mais avec du filet de maquereaux à la tomate pour petit déjeuner…..

  4. Auclair dit :

    Hello !!
    En relisant cette aventure, je me suis dit que Mateusz avait eu bien de la chance de vous avoir trouvé car grâce à vous, il a fait l’ascension complète. Vous êtes « des amours » !!!

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