Le jour où on nous a INTERDIT de randonner!

La montagne nous appelle de nouveau. Cassey veut refaire de la rando. Nico de retour sera de la partie. « Tedjay, you wanna come » « No my friend, thank you! ». Cette fois on ne part que tous les trois. Nicolas a repéré une rando sympa, du temple Vahramashen à la forteresse d’Amberd. 15km, facile! Mais pour se rendre au point de depart, la tache s’avère bien plus ardue que prévue…

Nous nous rendons a la gare de bus. Un bus bien à l’ancienne nous attend. Nico papote avec le chauffeur qui lui offre un cafe. La générosité des Arméniens est sans limite! Nous arrivons au terminus, Antarut. On fait quelques courses, puis partons a pied en espérant que quelqu’un nous prendra en stop. Je n’ai même pas le temps de finir mon pipi que quelqu’un s’arrête! Il nous emmène jusqu’au point de départ de la rando pour le temple, en faisant pour cela un détour!

Nous commençons à marcher, passons par un village. Il y a du bruit, dans un jardin, nous glissons la tête avec curiosité. Quelques secondes après, nous voila attablés avec tout le monde, du vin dans le godet, et de la nourriture plein l’assiette!! Il s’agit d’enseignants fêtant la fin de l’année scolaire. Ils sont géniaux, chacun vient nous saluer, échanger des mots sympas. Comme dit Cassey, nous sommes « overwhelmed » (bouleversés, dépassés) par leur accueil. Il y a même ce papy, ne parlant pas un mot de français ou d’anglais, qui m’a posé la main sur l’épaule, comme mon grand père l’aurait fait, et dans un regards complice, m’a donné une leçon de fraternité. J’en aurai chialé… Lorsque, après une grosse heure ici, complètements repus, nous décidons de partir, ils insistent pour que l’on revienne après la visite du temple « le barbecue sera prêt! ». Les adieux seraient presque émouvantes. Et le plus fou dans tout ça, c’est qu’ils nous remercient d’être venus. Mais c’est a nous de vous remercier!

Nous parcourons les quelques mètres qui nous séparent du temple. Cassey nous offre un cierge, l’occasion d’une pensée a Meletios. Surprenante Cassey qui, pour quelques fugitives secondes, ferme les yeux et envoie du plus profond de son cœur de douces pensées a sa famille.

Nous quittons le temple a 17h, bon on la commence cette rando??? Nous faisons 100 mètres, pas plus, lorsque Nico passe devant une maison.  » Ils veulent qu’on rentre on a pas le choix! » me dit il avec un large sourire! Et nous voila a nouveau attablés! Lavash, fromage, tomate, concombre, bière, fruit, gaspacho et puis bien sur Cognac! L’accueil est incroyable, nous débordons de gratitude! Un verre, puis un autre! Lorsque l’on veut partir, ils nous servent et nous disent, après celui la c’est bon! Mais dès le verre terminé, la parole s’envole et les verres sont remplis de nouveau. Des gens exceptionnels. Lorsque nous partons enfin, les poches remplies de graines de tournesol qu’ils nous ont offert, notre démarche n’est plus très sereine, nous sommes « tipsy » (éméchés) comme dirait Cassey.

De toute façon il est 19h, il sera bientôt temps de trouver un campement. Nous traversons la rivière, grimpons un peu, et des le plateau atteint nous plantons la tente : « de toute façon il va faire nuit bientôt ». Nous avons une vue magnifique sur la ville et, au loin, le mont Ararat. C’est ma plus belle nuit de feu de camp. Aujourd’hui nous n’aurons pas réussi a randonner!

Nous voyons pendant la nuit une animal bizarre… Si quelqu’un sait l’identifier n’hésitez pas !

Cette nuit fleurie s’arrête parementure, Cassey se réveille a 7h et décide que nous devrions en faire autant. J’ai dormi sans matelas, j’ai le dos en compote. La rando vers la forteresse, je vais donc la faire en mode zombie.

Le coté frustrant, c’est que très vite la forteresse est en vue, sur la falaise d’en face. Mais pour y arriver, il faut faire le tour de la rivière, bien 8km! Nico décide de « taper dans le pentu! » comme il aime à dire, je décide de faire le détour de 8km avec Cassey.

8km c’est court, mais c’est sans compter les arrêts selfies!

Nous espérons avec Cassey passer a coté d’une habitation pour, avec un peu de chance, se faire offrir le café. Nous croisons une hutte de berger et, évidement, sommes invités … à boire le café! Ils sont adorables, ils nous offre aussi des biscuits.

Apres quelques gestes et palabres, je sors mon discours classique:  » Armenie best country ! Charles Aznavour ! We LOVE Armenians  » mais je ne rencontre pas autant de succes que d’habitude et pour cause, ils ne sont pas Arméniens! J’arrive a comprendre laborieusement qu’ils sont Yezidis. Il s’agit d’une très ancienne religions kurde. Pour en savoir plus cliquez ici.

Les bergers nous accompagnent jusqu’au château, où nous retrouvons Nicolas. Nous offrons à manger au berger, l’occasion enfin de montrer notre gratitude! Mais c’est sans compter sur Cassey qui profite d’un moment d’inattention pour payer la note… Grrr on s’en sort plus des gens gentils ici!!! En explorant le château, on tombe sur un serpent… Ça donne la chair de poule!

Une fois le château exploré et conquis par Nico, nous partons a la recherche d’une voiture. On a même pas le temps de lever le pouce qu’une Arménienne nous entend parler :  » Vous parlez français? montez dans le minibus, on vous dépose! » Incroyable. Il s’agit d’une famille qui loue un minibus régulièrement pour faire des excursions pique-nique. Dans le bus, ils se serrent pour nous faire de la place, nous donne a manger et a boire… Ils se mettent a chanter, l’ambiance est géniale.

Lorsque nous arrivons a destination, c’est a nouveau plein de gratitude que nous leur disons au revoir. Et juste avant de partir, ils nous remercient d’être venus avec eux, et nous offrent un énorme sac rempli de nourriture. Nous sommes pantois, les joues écarlates, abasourdis par tant de bienveillance. Quel peuple!

Il y a ici quelques chose. Quelques chose que je ne saurai décrire. Un truc qui te renvoie à tes sentiments les plus profonds. Ça te prend au tripes. Ces gens… Ces gens si généreux… Ils n’ont rien et te donne tout… Je ne sais pas. C’est quand même quelques chose. Ça bouscule. Ça te remue le bide. Là tout au fond. Et ça te donne envie de distribuer de l’amour. Par cargaisons. Ça te donne la rage d’aimer. 

Alors avec Nico, on s’est fait une promesse. Quand on sera rentrés, à chaque fois que l’on croisera un Arménien, ce sera un prince, il croulera sous nos offrandes jusqu’à ce qu’il ne puisse plus rien boire ni manger. Et si d’aventure vous en croisez un, n’hésitez pas une seconde, ça vaut la peine.

 

Bonus 1: j’étais un peu fatigué sur le retour, et visiblement ça faisait marrer certains!

Bonus 2: interdit au moins de 18 ans!

2 réflexions sur “Le jour où on nous a INTERDIT de randonner!

  1. Heritier says:

    Que de belles personnes sur cette toute… quelle générosité et fraternité chez ce peuple arménien. Merci de ns partager ce périple avec tant de délicatesse de sentiment et de drôlerie. Totoro me semble une petite souris à grande queue !
    J’ai découvert le yesidisme…. merci Matt ! Quelle culture !
    Superbe bonus ds les aubépines en fleurs…. tu es arrivé au bon moment !

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