Mangez, on s’occupe du reste

Pierre Weill

« Le libre arbitre biologique n’existe plus quand on dépend pour se nourrir de l’industriel qui fabrique et du distributeur qui remplit les rayons »

Depuis que je suis végétarien j’entends souvent la critique suivante: « tu ne lis que des livres favorables au végétarisme alors forcement tu finis par être convaincu! ». Je répond toujours que je serai ravi de lire de la littérature carniste pourvu qu’elle existe. Je vois d’ailleurs dans l’absence de littérature sérieuse contre le végétarisme l’un de mes meilleurs arguments. Mais Tahiarii est passé me voir au Sri Lanka et m’a gentillement laissé ce livre: « je serai curieux de voir ce que tu en penses ». Or Tahi est un adversaire redoutable sur ce le terrain de l’alimentation: d’une part très sportif, il a une connaissance aiguisée de la nutrition, d’autre part travaillant pour un grand groupe de restauration collective, il fournit 50 000 repas par jours, repas élaborés avec des nutritionnistes.

Un tour d’horizon glaçant

Le livre s’ouvre sur un état des lieux du système de production alimentaire dans notre monde globalisé:

1/ Les aliments de bases (viande poisson oeufs céréales…) sont réduits à l’état de matières premières appelés « minerai » quelqu’en soit la qualité. Ainsi pour un acheteur industriel, 1L de lait est un litre de lait quelque en soit sa richesse nutrinionnelle intrinsèque. Or la recherche de diminution des coûts amène à un appauvrissement de la qualité nutrionnelle de tous les aliments.

2/ Cet appauvrissement génère des problèmes de santé sur la population mondiale: « des maladies de civilisation ». (Diabète, obésité, maladie cardio-vasculaire). Principaux coupables, les huiles végétales hydrogénées (palme) ainsi que l’excès d’Omega 6 par rapport aux Oméga 3.

3/ En conséquences, nous consommons de plus en plus de produits pharmaceutiques pour compenser les carences (statines, omega 3, …). Ce système bénéficie donc autant aux industriels de l’agroalimentaire qu’aux grands laboratoires. Uniques victimes: nous. Or si le surcoût des médicaments et traitements étaient inclus dans le coût des aliments de base, il deviendrait plus optimal d’ameliorer la qualité des aliments en amont. Preuve à l’appui, l’auteur démontre qu’un surcoût de 2 à 3% du produit final suffit à lui redonner sa qualité nutritionnelle.

4/ Ce même mécanisme s’applique à l’echelon d’en dessous, au niveau de l’agriculture et de l’élevage. Réduction des coûts >> deterioration de l’alimentation/des terres >> utilisation de compléments alimentaires et médicaments/pesticides, insecticides, engrais chimique, OGM.

5/ Depuis le début des années 80, les scientifiques et industriels sont parfaitement informés de tout ça. Les immenses enjeux financiers poussent les lobbies à dissimuler certaines études, à en financer d’autres et, grosso modo, à empecher la juste diffusion de ces informations. Une etude anti Omega3 sera donc relayée partout par les médias pendant que 1000 pro Omega3 seront passées sous silence.

Sur cet introduction, nous ne pouvons qu’être d’accord. Cela rejoint absolument toute la littérature que j’ai exploré sur le sujet. J’apprécie particulièrement l’angle d’attaque de l’auteur sur la qualité nutritionnelle. Aujourd’hui beaucoup de gens s’interesse à la nutrition en regardant obstinément les calories. Or toutes les calories ne se valent pas! Vous pouvez manger 100 calories de sucre blanc, cela vous donnera de l’energie et c’est tout. Mais vous pouvez manger pour 100 calories d’autres aliments, vous pourrez alors obtenir des vitamines, des sels mineraux, des Omega3, des micro-nutriments, des polyphénols, du DHA, bref 1000 choses qui vous protège et vous renforce. D’où la différence entre calories creuses et calories pleines.

Saint Omega 3

Il y a une chose particuliètement interessante, et que j’ignorais totalement, c’est le rôle des Oméga 3. Le rapport entre Oméga 3 et Oméga 6 doit être de 3 à 4 ( 4 fois plus d’Oméga 6 que de 3 dans notre alimentation). Or aujourd’hui ce rapport est de 15 voire 20! Le lien entre ce désequilibre et les maladies de civilisation semble scientifiquement prouvé. Ce déséquilibre vient principalement des oeufs et de la viande. De fait les Oméga 3 se trouvent dans l’herbe ou le lin. Or aujourd’hui les poules et les animaux destinés à être mangés, pour des questions de coût, sont nourris principalement de maïs et de soja. Et que les oeufs soient « plein air », « bio » ou autre ne change rien à l’affaire!

Quelques solutions d’avenir

L’auteur du livre a fondé un label – bleu blanc coeur – ayant aujourd’hui plus de 5000 adhérents. Le cahier des charges de ce label n’est pas, comme pour le bio ou label rouge, une obligation de moyen, mais une obligation de résultat en terme de qualité nutritionnelle. Un oeuf bleu blanc coeur sera à coup sûr issu d’une poule ayant été nourrie à l’herbe et au lin. Il aura donc un ratio Omega6/Omega3 satisfaisant. C’est une première piste très interessante. Depuis 2013, les oeufs de tous les distributeurs des magasins « U » respectent ce cahier des charges nutritionnel.

Deuxième piste: une prise de conscience des consommateurs. Celle-ci a commencé, il n’y a qu’à voir la croissance constante des produits bios ou locaux. C’est un sujet qui passionne de plus en plus les gens. Doucement, l’huile de palme disparait de certaines compositions… Dès que le consommateur boude un produit, les impacts financiers font réagir les industriels.

Troisième piste: des contrôles de plus en plus simples de la qualité nutritionelle des aliments. Selon l’auteur, certaines technologies vont se democratiser et, bientôt, il nous sera très simple de « scanner » un produit à l’aide de notre smartphone et d’en obtenir toutes les informations nutritionelles.

Gageons que ce trident nous permettra de vaincre les vils acheteurs agroalimentaire (ah bon ?? Acheteur c’est mon metier???)

Quid du bio et du végétarisme?

Vous l’avez constaté, je suis jusque là 100% d’accord avec Pierre Weill. La démonstration faites sur la qualité nutritionelle me séduit totalement. Le rôle de l’Omega 3 est pour moi une découverte. Cela dit, lorsque l’auteur aborde le bio et le végétarisme, cela ne passe pas. Non seulement il est totalement caricatural, mais en plus il utilise des démonstrations  captieuses. Illustrations:

Il critique les oeufs bios car bios ne signifie pas forcément nutritionellement bons. Citation:

Dans certains rayons la consommation de bio représente plus de 20% des ventes. […] La surface agricole accordée au bio ne représente que 3.5% de la surface agricole. […] Comment produire 20% des aliments avec seulement 3.5% de la surface?

Ici dans l’exposé, le « dans certains rayons » (donnée non chiffrée, quels rayons???) Devient comme par magie tous les rayons!

L’auteur, ici trés caricatural, semble ne pas savoir que la plupart des consommateurs bios sont des consommateurs éveillées, c’est à dire au minimum interessés par le sujet. Il y aura sans aucun doute un plus fort rejet des oeufs nutritionellements mauvais chez les consommateurs bio que chez les traditionnels! 

Dans le même genre, je ne sais pas quel mouche a piqué l’auteur… Pour démontrer les méfaits du bio, il compare la quantité de graisse entre 100gr de filet de boeuf et 100gr de biscuit végétarien bio du rayon diététique! Pour conclure que les biscuit sont plus gras (sans blague!) et par conséquent qu’il est idiot d’être végétarien et de manget bio… Question: quel végétarien remplace la viande par des biscuits???

S’agissant de végétarisme, je previens ça va saigner! Pas besoin d’en faire des tonnes, l’auteur se ridiculise tout seul:

Or les légumes des serres d’Andalousie qui nourissent l’Europe végétarienne ont parfois un arrière-goût de chimie et d’exploitation de travailleurs migrants.

Mr Weill ces tomates nourrissent aussi les mangeurs de viandes. De plus la plupart des végétariens font très attention à l’origine des produits. Et ils ne mangent pas de tomates en hiver! Etre végétarien, ce n’est pas remplacer la viande par des biscuits à l’huile de palme et des tomates chimiques! C’est une philosophie de consommation consciente et activiste!!!

Nous sommes physiologiquement omnivores.

Preuves? Explications? 

Un lobby végétarien trés puissant, offensif et triomphant, nous ferait oublier nos racines biologiques.

Un lobby certainement aussi puissant que le lobby camerounais qui veut nous imposer la sauce mafé dans nos cantines.

Pourtant dans le paragraphe suivant il reconnaît que nous n’avons pas besoin de manger de la viande tous les jours et que seuls les nutriments des oeufs et du lait sont vraiment importants.

La production de nos tomates cause 2 à 3 fois plus de gaz à effet de serre que notre viande de boeuf

J’accepte de manger une part de lasagne findus à la viande de cheval si vous me trouvez des études sérieuses le démontrant!!

Enfin conclusion en beauté:

Les excès du végétarisme font des dégats considérables. Les terres arables sont couvertes pour moitié de prairies permanentes qui nourissent les ruminants. Elles seront retournées pour produire du blé. Les forêts du Pacifique seront brûlées pour produire l’huile de palme des margarines, substituts au beurre.

Les végétariens ne se nourrissent pas de pâtes et de tartines de margarines!! L’alimentation est très variées et fait la part belle aux légumes de saisons.

Il semble donc que l’auteur vive dans un monde caricatural, où les consommateurs bio se nourrissent de biscuit et les végétariens de pain et d’huile de palme… Il y a là une complète incompréhension de la sociologie de ces différents consommateurs!

Conclusion

La qualité nutrionnelle des aliments est un sujet majeur soulevé avec brio par l’auteur. Ces critiques du bio et du végétarisme sont néanmoins discutables. Il s’agit pour moi d’autres armes, ayant leurs qualités et leurs défaults, permettant de vaincre l’implacable industrie agroalimentaire. 

Pour qui?

A lire où à offrir à tout ceux qui s’interessent à l’alimentation, à votre pote chef de produit dans l’agroalimentaire ou à un pote végé, juste pour l’enerver!

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