Mumbai, des détritus et des couleurs

⇑ Nico et moi avons un peu bronzé !! ⇑

La séparation!!

Nico et moi sommes arrivés en Inde le 22 juillet. Nous avons ensuite pris des chemins bien différents: Nico est parti au Mexique pour le Mariage de Liz et Arthur tandis que je suis allé au Sri Lanka! Avant cela je faisais Vipassana, Nico le fera après le Mexique. Deux mois de séparation! Mais hâte de retrouver mon travelmate! Les retrouvailles se feront à Leh, dans les montagnes du Ladhak. Nico et moi auront certainement eux des expériences différentes de l’Inde; lui ayant parcouru le Sud, moi n’ayant vu « que » Mumbai et Delhi. Cette expérience de l’Inde reste pour moi très interessante, aussi voici le récit de quelques aventures! Peut-être seront elles suivis de celles de Nico, s’il a le temps et l’envie de les partager!

Au revoir magnifique Perse!

Nous étions très fatigus de notre mois en Iran, la chaleur et les nuits sur les tapis nous ayant laissé peu de repos. Nous pensions utiliser la semaine à Mumbai pour nous reposer. « C’est la mousson, il pleut, il fera frais » disais-je à Nico. Morteza, notre ami rencontré en Iran me mettait pourtant en garde: « malgré la pluie, il fait très chaud« . Je pensais qu’il exagerait… Par divers hasard, Morteza est là au moment des adieux ainsi bien sûr qu’Antoine. Le vol est un vol de nuit avec changement aux EAU dans un hub spécifique aux vols Indiens. Dès le hub j’en profite pour mettre ENFIN mon short! Bon après j’ai froid dans l’avion… Dans le second vol, je passe mon temps à faire la connaissance de mon voisin Indien, la cinquantaine et très interessant. 

Connaissez vous le Jaïnisme?

Je reçoit dans l’avion un repas spécial végétarien. Mon voisin également. On se demande mutuellement quels sont les raisons de notre végétarisme. J’apprends alors qu’il est jaïniste, voici encore une religion que j’ignorais! Je m’intéresse particulièrement aux contraintes alimentaires qui sont les leurs. Par principe de non-violence (ahimsa), ils sont végétariens, ne mangent pas non plus d’oeufs, ni de racines (oignons, carottes, pomme de terre,…) qui représentent le meutre de la vie en devenir ( i.e à l’etat embryonaire). Par ailleurs ils ne mangent jamais la nuit. (Me dit mon voisin entre deux bouchés alors qu’il est 3h du mat’ 🤔)

Mon intérêt pour cette religion grandit. Les jaïnostes ne font aucun proselythisme, voyant dans l’acte de convaincre autrui en imposant sa pensée une forme de violence. Beaucoup de métiers leurs sont interdit, chasseurs, pécheurs, cueilleurs… Car ils seraient obligés de contrevenir à l’ahimsa. Par contre, ils ouvrent de nombreux hopitaux pour animaux! Ca se complique encore lorsque j’apprends que les plus orthodoxes portent un masque sur le visage et balaye devant eux en marchant afin de ne pas tuer de micro-organismes. 

La singularité du jaïnisme ne s’arrête pas là. Religion athée, car dieu est en vous, elle donne pour objetif aux fidèles de se détacher de tout ce qui est matériel ( corps et possessions) et des sentiments. Lorsque cet idéal est atteint, le jaïniste peut jeûner jusqu’à mourir, et ainsi rentrer dans le cycle de réincarnation. À noter, le principal symbole de cette religion est le svatika signifiant « il est bien« . Ce même symbole est très utilisé en Inde, notamment aposé sur les nouvelles construction et devant porter bonheur. Or nous connaissons en Europe ce symbole sous le nom de croix gammée. Fermons la parenthèse et reprenons le récit de nos aventures.

Arrivée rocambolesque à Mumbai

Arriver dans des conditions dantesques devient une habitude… Réveillé par un sanglier à Gênes, nuit sur le pont d’un ferry en Albanie, nuit blanche en bus pour Istanbul, Arrivés à 4h du mat sans bagage à Tbilissi, 1600km de stop en Iran… Chaque frontière nous reserve une surprise! 

L’avion se pose dans une immense tempête. Nous franchissons la porte et sommes immédiatement couverts d’humidité. Mes vêtements collent, mon visage est trempé. Je mets quelques secondes à réaliser: « c’est ça la mousson?? ». Non seulement il fait très chaud, mais l’humidité nous fait suffoquer. On regrette déjà la chaleur sèche de l’Iran! Mon ami jaïniste nous change quelques dollars et nous commande un taxi. Il est 4h du mat, on est en mode zombie avec Nico. Le taxi nous amène vite à l’auberge. Sur le chemin la nuit et la tempête. Le truc c’est que pour économiser 10€, j’avais suggeré à Nico que l’on ne reserve que la nuit suivante. « Avec un peu de chance on pourra squatter un canap jusqu’au check-in« . 

Le problème c’est que les canaps se trouvent sur une terrasse exterieure (protégés de la pluie mais pas de la chaleur ni de l’humidité et des moustiques) et sont déjà occupés par les employés. On reveille un mec, mais lorsqu’il comprends que l’on a pas de reservation pour cette nuit, il nous envoie bouler… Or dehors c’est la tempête! Exténués, on ne se pose pas de question et on se met à dormir… par terre! Quelques heures après, le type pris de pitié nous installe à l’intérieur. Ouf. Mais quelle nuit!

Jungle urbaine

Au réveil, je vais faire un tour. Je suis si curieux de découvrir le quartier! Je reviens 1h après et croise Nico: « c’est la jungle dehors« . Et en effet, ce sera pour Nico comme pour moi le premier choc du voyage. Un dépaysement total. Il fait chaud et humide, de la boue et des détritus partout. Les trottoirs, lorsqu’ils existent, sont impraticables. Les routes sont donc empruntés autant par les piétons, les vélos, les tuktuk, les voitures et … les vaches. Le bruit des klaxons est incessant et la priorité n’est jamais donnée aux piétons. Les poubelles fourmillent de corbeaux. Sur le marché les vendeurs debouts ou assis par terre posent les denrées sur des planches de bois. Le poisson attends le client sous 35° et la vendeuse balaye les mouches de ses doigts efflanqués. Bientôt je découvrirais avec Nico, les enfants jouant dans les détritus, les nombreux SDF dormant sur les bancs ou les tunnels de la gare, les éclopés mendiants une piecette en exposant leurs moignons. Il n’y a pas de filtre. Mumbai est un cloaque.

Le depaysement est total jusqu’à l’étoursissement. Je n’ai pas ressenti le syndrome de Stendhal à Florence, mais je ne suis pas loin de la crise d’angoisse ici. C’est un chaos de boutiques, de vendeurs à la sauvette, ici un temple, là un coiffeur. La foule est immense, partout, ça grouille de monde. Un train s’arrête, les gens se battent pour en sortir, puis les autres se battent pour y rentrer. Certains mettent un pied, attrape le haut de la porte avec deux doigts et attendent que le train parte. Il y a bien longtemps que les trains ne ferment plus leurs portes. A côté trois femmes font un feu avec des détritus, un enfant joue nu dans une flaque de boue, une femme agonise les yeuz fermés et la main tendu, deux chèvres se promènent les yeux hagards.

J’avais été prévenu certes. Mumbai sera sale et surpeuplé. Il y a cela dit des choses que l’on peut comprendre intellectuellement mais qui ne peuvent être totalement comprise qu’en en faisant l’expérience. Ainsi que le goût d’un met pourra être décris en détail mais restera obscur tant qu’il n’aura été gouté, aucun mot ne peut vous faire ressentir le chaos de Mumbai. Il faut pour cela en arpenter les rues, en sentir les odeurs, se fondre dans l’effroyable rumeur qui s’en dégage. Mumbai ne parle pas à vos entendement mais à vos sens. 

Il y a tellement de monde ici… L’individu n’est plus, il n’y a qu’une masse grouillante et homogène d’humain. C’est comme une fourmilière, on y voit plus une fourmi mais un tout, un ensemble indistinct. Alors peu peu l’oeil glisse sur le mendiant, sur le vieillard, sur l’enfant nu et sale; la compassion est noyée dans la masse comme par reflexe de survie. Bientôt même la courtoisie s’éclipse car sinon on ne sort jamais de ce satané train. Puis l’on rentre à l’auberge, on se calfeutre dans sont lit, et on repense au vilain film que l’on vient de voir. « Je n’aurai jamais cru que cela puisse exister sur notre planète« .

En réalité faire face à tout cela me remu pas mal. Je me souviens de mes années d’étudiants, je construisais des modèles de developpement économiques et me disait « c’est pas si compliqué! ». Mais ici tout est différents, je ne saurai par où commencer… Quel place donner à l’ecologie quand les gens meurent dans la rue? Comment parler nutrition à un peuple ayant des dizaines de religions différentes avec leur corollaire de contraintes alimentaires? Comment parler contraception quand un enfant est perçu comme une source de revenu? Quelle place donner au féminisme là où il y a des wagons spéciaux pour les femmes (pour leur bien certes)? Comment aborder les formes alternatives d’éducation là où certains enfant jouent avec des déchêts en plastique? Je prends brutalement conscience que mes combats ne sont pas ici à l’ordre du jour. Le chemin est long.

Du chaos naît la lumière

Quelques jours suffisent néanmoins à Nico et moi pour nous adapter. Nous prenons l’habitude de commander des tuktuks, de prendre le train, de boire de l’eau de coco fraiche, de traverser sans décéder. Nous partons dès le deuxièmes jours explorer notre quartier, « Bandra » avex deux allemandes de l’auberge. Quelques pas et nous entendons de la musique. On glisse la tête et nous voilà au plein milieu d’un anniversaire! Ici ils font parait-il de grandes fêtes pour le premier anniversaire des enfants! Nous sommes assis et l’on nous donne plein de nourriture. Les filles nous alertent sur l’hygiène avec Nico on y avait même pas vraiment pensé! C’est trop bon!!! Après le dessert on me file un verre d’eau… La çà craint! Mais que faire? Je ne veux pas vexer nos hôtes… Leur demander si c’est de l’eau du robinet? Serait-ce mal vu? Bon du coup je trouve la parade, je me lève et je vais danser!! Quelqu’un va bien renverser le verre! Ca n’a pas loupé 😊! Et ce fut une super soirée!

Autre rayon de soleil au milieu des sentines, la magnifique gastronomie Indienne! Chaque soir on se retrouve au restaurant avec Nico et on se péte le bide. Il y a des restaurant  » full veg », seulement végétarien! Et pour les autres, il demeure au moins 50% de la carte végé et c’est super bien indiqué! Pour nous c’est royal. Ni les cafards ni le rat croisés lors d’un repas en terrasse ne pourront nous couper l’appétit. Une explosion de saveur.

Enfin, le plus important, cette ville reste riche en couleurs pour le photographe avertis. Voici une selection des cliches pris par Nico, susceptible je le crois de vous donner envie de visiter cette ville:

Circulez, il n’y a rien à voir

J’ai eu la chance d’avoir Michelle pour guide. J’ai découvert grace à elle les quelques monuments de la ville, des édifices coloniaux pour la plupart. Un parc également, dont je retiens un souvenir mitigé: il n’a pas d’arbre et un oiseau s’est soulagé sur moi quand j’y étais. Nous avons passés de super moments à « Marine lines », une promenade en long de mer, malheuresement la mer est marron et pour cause, les égouts y sont reliés! Avec Michelle nous parcourions donc plutôt les cafés et restaurants, cherchant calme et air conditionné. Ce fût donc un safari culinaire! Cela étant dit, Mumbai n’a aucun interêt touristique, ce n’est qu’un hub permettant la poursuite du voyage.

Conclusion

Je garde un bon souvenir de cette semaine à Mumbai. Principalement grace à Michelle. Mais Mumbai sans Michelle est de loin la pire ville que j’ai eu l’occasion de visiter pendant toute ma vie. Cette visite reste néanmoins passionante, elle change à jamais mon regards sur le monde.

Après Vipassana et le Sri Lanka, j’ai rendez vous à Delhi. Or à Mumbai les gens aiment à dire: « Mumbai est un chaos organisé. Delhi, c’est juste le chaos. » A suivre donc!

4 réflexions sur “Mumbai, des détritus et des couleurs

  1. Claire HERITIER says:

    Cette description m’a fait revivre un très bref passage dans certains quartiers de Delhi quand j’y étais juste de passage pour aller au Ladakh , vision terrible qui m’avait été insupportable. Quant à la chaleur moite en descendant de l’avion…. c’était tout à fait ça !
    J’aime bien ton analyse et tes descriptions plus vraies que vraies .
    Pour l’album photo…. encore quelques mises au point nécéssaires…!!! Mais vous n’êtes pas au bout du voyage, alors il y a encore de quoi faire une bonne marge de progrès !!!

  2. auclair says:

    hello !!
    Alors j’ai bien retenu la leçon : prendre une paire de bottes dans la valise !! et un déo !!!
    Une destination que je ferais bien avec les garçons…
    Et pour les photos, je les trouve très belles ; le clin d’œil “burkha”, le noir et blanc, la vague et sourires…. les gosses et tous les contrastes…
    Je ne serai jamais jaïniste et j’ai bien ri sur l’éco de 10 euros !
    Les racines et la svatika, ça fait réfléchir tout ça…

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