Philippines Partie 1: Mission Kite Surf

Avec Nico on le sait, le voyage est derrière nous. Nous commençons à être usés et n’avons pour notre dernière destination aucun objectif de type exploration. Nous y allons dans un but unique : savoir naviguer en kite surf. Au mois de novembre la météo est idéale au Philippines, nous partons donc pour Boracay. Enfin cela c’était le projet initial, mais Nicolas toujours à l’affût de bons plans dégote un spot inconnu au bataillon : Zamboanguita, à 45 minutes de Dumaguete sur l’Ile de Negros.

Le vol de Bangkok a Manille est l’occasion d’une sieste pour Nico. Lorsque nous avions réservé notre vol, j’avais ajouté à la commande deux croissants au chocolat, juste pour rigoler. Or par erreur j’en ai commande deux… Par personne! Et Nico dormant lorsque le stewart les a amené, voilà que ce dernier dépose la commande speciale de 4 croissant sur ma petite table, face au regard surpris de tous les passagers! Notre transit pour Dumaguete étant le lendemain tôt le matin, nous décidons de passer la journée à l’aéroport et d’y dormir, une nouvelle occasion de se faire remarquer par tout le monde!

Dumaguete s’offre enfin a nous. Nous décidons d’aller au centre ville à pied. Sur le chemin, beaucoup de gens nous interpellent  « hello sir!! ». Les filles nous regardent avec de grands sourires, elles sont au moins aussi jolies que les Nepalaises. Il fait chaud et les sacs sont lourds, aussi décidons nous de se poser  sur la plage puis de commander un petit café dans un hotel/restaurant non loin. Les prix sont tellement bas que le petit café se transforme en petit dej pour 1 euro! Nico va aux toilettes, j’en profite pour observer le microcosme autour de moi… Quand Nico reviens je lui dis: « Tu ne remarques rien de bizarre??? » Il observe et me répond  » ah oui en effet!!! » il n’y a autour de nous que des vieux gros « blancs » accompagnés de jeunes philippines… Nous apprendrons plus tard que Dumaguete a été élue par le magazine americain Times l’une des meilleures villes au monde pour prendre sa retraite: Des resorts luxueux pas chers, un hôpital moderne, la mer, le soleil et … une foule de jeunes demoiselles prêtes à tout pour se sortir de la misère… Bref on ne s’attarde pas ici.

Un bus nous fait traverser la cote jusqu’à notre hotel, Kavs, notre havre de paix pour 10 jours. Nous sommes presque les seuls dans l’hôtel. Après un petit cocktail, Nico me suggère d’aller dormir, il semblerait que le manque de sommeil me mette dans une humeur massacrante ! Je ronchonne un peu puis m’exécute néanmoins.

Le lendemain nous faisons connaissance avec notre instructeur de kite. Il est breton et s’est installé ici avec sa femme, ses enfants et son chien Kubiack, référence à Parker Lewis! Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est adorable ! Il a toujours été arrangeant, arrondissant les prix à chaque fois alors que ce n’est déjà pas réellement cher. Il nous a meme invité un soir chez lui pour une soirée pizza maison, c’était super bon!! Je fais néanmoins face à un sacré challenge : il est la copie conforme de Bruno, mon chef de chez Capri ! Incroyable! Physiquement, mentalement, mêmes dans les tics du language. Les mêmes ! Du coup ça me met sur les nerfs sans qu’il y soit pour quoi que ce soit. Encore une fois, il a été top pendant tout le séjour, mais il est aussi attachant qu’étouffant (une vraie pipelette ! 😃). Et sa ressemblance avec Bruno m’a poussé à m’isoler.

Au centre nous rencontrons Izabel, une française très sympa habitant au Japon, ainsi que Georges, un marin anglais travaillant sur l’île South Georgia pres des îles Forkland. Les premiers jours de kite sont difficiles. Nico et moi sommes frustrés, on y arrive pas trop. Dans l’attente d’un instructeur, nous n’avons qu’une voile pour deux, et, lorsque l’on se met a l’eau il y a beaucoup de houle. Chacun notre tour nous galerons, le courant et le vent nous emmènent vers le bas de la plage, il nous faut alors remonter la plage à pied avec la planche et l’aile, ce que l’on appelle la « marche de la honte »! A cela s’ajoute de nombreux bobos: On s’ouvre les doigts de pieds avec la planche, on se brule les doigts avec les cordes, nos pieds gonflent a cause des coups de soleils, un jour je fais tomber le kite sur Nico un autre je me fait super mal aux muscles intercostaux et Nico se fait une enorme ampoule au pied juste la ou il ne faut pas… Et pour couronner le tout, le soleil tape si fort que chaque soir nous sommes limite en insolation!

Cela ne nous empêche pas de nous sentir comme chez nous dans ce village. Nous nous promenons du cyber café à la station de remplissage d’eau potable en passant par le marché. Nous mangeons régulièrement ici, un repas coute 1 euro pour 2 et un pancake en dessert c’est 8cts d’euros! Il y a ici essentiellement des eatery, c’est de la cuisine familiale presentée dans des boites en inox, prête à consommer. « Do you have anything vegetarian?? » ils sont toujours surpris mais nous dégotent un truc. Mon préféré? Une aubergine à l’oeuf, frit à la poêle, la recette de Cassey! Nous avons même le numero de « Rose », il nous suffit de l’appeler 1 heure avant et elle nous prépare ce que l’on veut! Néanmoins cette experience tourne court, sa maman nous faisant subitement payer trois fois le prix… Dommage.

Quelques jours après notre arrivée débarque sur la plage notre futur instructeur: Jay-Jay! C’est comme une tornade, « Dude you can guess what just happen to me!! » le voila qu’il nous explique comment des souris ont mangé sont aile de kite. Il s’arrete, film le spot de kite et crie: « Fu*****ck you Boracay!!!! ». Grace a lui nous pouvons désormais avoir une voile chacun. Les progrès sont de plus en plus rapides et bientôt Nico et moi arrivons a naviguer de gauche a droite et même à remonter au vent: fini la marche de la honte!! Je me sens désormais si à l’aise sur la planche que je commence a faire le fifou, j’essaye de gérer  différemment les trajectoires, prendre de la vitesse quand j’en ai envie, glisser sur une vague… et puis je commence à m’autoriser des petits sauts sur les vagues! Finalement la houle c’est sympa. D’un coup Francois m’appelle au loin, je suis un peu confus, y a t’il des pêcheurs? (dans ce cas il faut rentrer sur la plage), est-il agacé de me voir sauter sans permission? Je m’attends a des remontrances lorsqu’il s’approche de moi. « Alors comme ca tu veux sauter? » dit il menaçant, puis il me fait un grand sourire: « alors je vais t’expliquer comment on fait de vrais sauts: lorsque tu tires un bord, tu crantes a fond, tu remontes l’aile a midi et tu tires sur la barre ». Je m’execute, je navigue vers la plage, crante la planche, remonte a midi, tire sur la barre et …. hop ca décolle! un bon mètre de haut! La sensation est geniale, une impression de voler incroyable. Je m’éclate dans l’eau sur les fesses, l’atterrissage ce sera pour la prochaine. Depuis avec Nico on n’arrete pas de faire des petits sauts avec plus ou moins de succès.

Notre cercle social est alors relativement limité. Il y a Francois le patron du kite club ainsi que Jay-Jay notre instructeur. Ce dernier est passionnant, il a de nombreuses anecdotes à raconter, on ne s’en lasse pas. Surtout lorsqu’il parle de kitesurf ou de plongée, il est totalement absorbé par ce qu’il raconte, cela donne envie à n’importe qui de se lancer dans ces disciplines. Jay-Jay et Francois, très  bavards, ne laissent pas beaucoup d’espace aux autres, notamment Georges, le discret marin qui deviendra vite notre ami. Il y a egalement Henry, un francais avec l’accent du Sud qui s’est mis au kite a 67 ans! Et il se debrouille super bien. Parfois nous sommes rejoins par Mike, un retraité americain accompagné d’une jeune Philippine. Il nous faut faire des efforts pour parler avec lui et faire comme si de rien n’était.

Un jour alors que je fais une pause entre deux sessions, une jeune fille passe sur la plage distribuer des flyers. Je parle quelques instants avec elle, nous échangeons nos contacts. Quelques jours après, nous mangeons ensemble au restaurant à Dumaguete. Elle a mon age certes mais deja un destin tres compliqué: mariée de force à un vieillard chinois, elle aura avec lui deux enfants avant de s’echapper de sa maison. Reniée alors par sa famille, elle travaille 3 ans à Dubai pour gagner sa vie. Aujourd’hui de retour au Philippines, elle a récupéré ses enfants et vie modestement au Nord de Dumaguete. Elle reste tres positive, ne semble pas accablée par les ennuis qu’elle a eu. Avec moi elle rigole beaucoup puis parle souvent de Dieu. Lorsque l’on se separe elle promet qu’elle priera beaucoup pour moi. C’était une rencontre intéressante, vraiment, je suis ravi d’avoir une amie ici.

Le dimanche, nous allons kiter a notre habitude, néanmoins quelques choses a changé, à l’habituel silence cède un enorme brouhaha. Que se passe t’il? « Allez voir la bas, vous allez comprendre » nous dit-on. Curieux, on se glisse dans l’enceinte… Quel spectacle incroyable! Des centaines d’hommes amassés autour d’une arène de bois et de plexiglas gueulent et parient en bougeant frénétiquement dans tous les sens. Au milieu deux hommes tiennent sous l’aisselle un gros coq. Les hommes se toisent, se cherchent, s’invectivent… Puis les coqs sont lâchés n, les cris redoublent, les coqs se sautent dessus, se picorent mutuellement le cou jusqu’a ce que l’un d’entre eux ne meurent. Voici comment est recyclé ici l’adage « du pain et des jeux ». Le barbarisme ne connait pas de frontière. J’en apprendrai plus sur le sujet par la suite. C’est ici vraiment un « sport national ». Des quantités d’argent phénoménales sont pariées chaque années. Les coqs sont sur-entrainés, leur bec taillés pour être tranchant comme un rasoir. Il y a des magasins entiers spécialisés dans les graines pour coqs: stéroïdes, hormones, speed up, toute forme de dopage est ici utilisé pour les transformer en machine de guerre…

Malgré mes velléités, je me resoud a discuter avec l’Americain. J’en fais pour moi un intéressant témoignage sociologique. Mike est un pauvre type. Il est petit et pas très beau. N’ayant pas fait d’études, il a commencé à bosser en tant qu’ouvrier dans une boite d’air conditionné à 18 ans. Il a été marié a cet age là, un mariage qui n’a pas du tout fonctionné. Parti pour l’armée, il y a été soumis à des produits toxiques qui l’on rendu stérile. Marié une seconde fois, cela n’a pas plus fonctionné pour lui. A 55 ans, sa boite lui propose de partir à la retraite, il accepte. Il reste quelques années dans le Nevada, où il continu sa vie miserable. Le seul moment de bonheur pour lui, c’est d’aller voir jouer son equipe de baseball preferée. Ses amis sont déjà partis, en Thailande ou aux Philippines. Devant leur insitance il décide d’y passer quelques mois, juste pour voir. Il se rend compte soudainement qu’ici il est riche et désiré. Il me montre quel site de rencontre il utilise, comment cela fonctionne. « Elle c’est celle de l’année derniere, mais elle etait trop jeune » euh en effet elle a à peine 20 ans… Aprés avoir parlé avec lui, Mike me dégoute toujours autant… A cela près que je me rend compte qu’il ne s’agit la que d’un pauvre type, un misérable, seul, très seul.

J’ai l’occasion de discuter également avec sa compagne, Charlotte Ann. Elle habite vers Manille, c’est la plus jeune de 5 soeurs. Pourquoi cherche t’elle un occidental? Elle a eu de très mauvaises experiences avec de Philippins, qui ne l’ont pas respectée. Je n’en saurais pas plus mais cela ne me surprends pas. Ici les femmes élevant seule leur enfant sont legions, les hommes semblent inconsequents; ici ce n’est pas comme en Europe, il n’y a pas de pension alimentaire, les hommes disparaissent dans la nature. Je ne suis donc pas surpris que Charlotte soit dégoûté e des locaux. Etant la seule à avoir fait des etudes, sa famille lui demande de s’occuper du business local (un magasin de graines pour coqs!). Elle a d’autres ambitions dans la vie, mais comment échapper au destin que lui a choisi sa famille? Seule option, se marrier avec un étranger. Voici donc pourquoi elle s’est inscrite à ce site de rencontre, et passé 1 mois avec Mike. Mais finalement ils se séparent, ils ne sont pas compatible me dit elle… 

Dumaguete me laisse finalement un gout amer. Certes des progrès ont été fait en kite, c’était l’objectif numero 1. Mais ici j’ai été confronté à tant de misère… Il semble que ce soit le lieu de rencontre entre de gros americains ratés, rebuts de leur pays, et les plus belles filles de ces iles confrontées a une immense misère sociale. Chacun s’échange sa misere, dans une hypocrite transaction, personne n’est vraiment heureux et chacun ne voit dans ces destins désolés la simple volonté divine. Sans revolte.

J’ai assisté à beaucoup de belles choses pendant ce voyage, ce qui m’a amené à avoir grand foi en l’humanité. Mais parfois j’en percois les obscurs trefonds, je lève la tête au ciel et je me dis « this world is wasted ». 

La veille de mon départ, je recois un message de mon amie Philippine avec qui j’ai mange à Dumaguete. Elle me dit être  tombée malade, ne pas avoir assez d’argent pour l’hopital, elle me demande d’envoyer 500 pesos par western union de toute urgence à l’adresse suivante blablabla. Dommage, je viens de perdre une amie. Combien elle voulait? 8 euros… Voici le prix d’une amitie ici…

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