Retour sur Athènes

Megalopoli aura été pour Nico comme pour moi un véritable révélateur: il y aura un avant et un après. En une semaine, nous avons grandi de plusieurs années. C’est donc a l’aune de cette enrichissante expérience que nous retournons chez notre hôte à Athènes. C’était une promesse. En dépit de son caractère, dépeint ici, elle a un bon fond, nous tenons donc à ne pas lui faire faux bon. Lorsque nous arrivons chez elle, je suis content de la retrouver. Me voilà vite dans mon lit, où je retrouve mon confort et mes petites habitudes. J’ai la sensation bizarre d’être de retour « chez moi ».

A nouveau, notre hôte nous demande de faire de multiples taches confuses et inutiles. We get used to it. Je l’aide à repeindre la bibliothèque, Nico fait le ménage, puis nous devons repeindre la façade extérieure où il y a de nombreux tags. Dès que j’ai un moment, je lis « la Nausée » de Sartre. Niveau cuisine, notre hôte ne laisse pas beaucoup de place à la créativité, mais je parviens à tromper sa vigilance et me lance dans une tentative de beignets de patates douces. Le résultat est mitigé, mais le potentiel est là! Nous ne resterons que quelques jours.

Nous avons décidé d’aller à Istanbul, où nous serons rejoins par Manon. Le jour du départ, notre hôte voudrait qu’on l’aide à nettoyer son appartement car elle l’a loué sur Airbnb. Nous nettoyons donc, mais désirons partir vers 13h: nous n’avons plus de voiture et sommes très chargés. Le bus que l’on doit prendre est à 1 heure de marche, et les tickets doivent être pris avant 16h. Inutile de prendre des risques. Cependant, notre hôte nous retiens à base de « Pourriez vous juste faire ça avant de partir? »… Nous ne filons donc qu’à 14h. Nous marchons 1 heure dans Athènes, sous le regard surpris des gens: nous avons chacun notre énorme sac sur le dos et un autre sur le ventre. (Il s’agit du matériel d’escalade que nous laisserons à Jérusalem). Lorsque nous arrivons au lieu indiqué par le GPS, nous sommes vraiment soulagés, les bagages sont bien trop lourds. Mais il n’y a aucun bus à l’horizon… Étrange… Nous vérifions rapidement et nous comprenons que nous nous sommes trompés de direction! La gare des bus et à 1h15 de marche d’ici! Or il et 15h, nous n’y serons pas à l’heure! Dans l’urgence, nous prenons un taxi. Mais cela n’avance pas, il y a quotidiennement des manifestations ici, et nous voilà coincés dans le trafic! Et en plus j’ai une immense envie d’aller faire la petite commission… Dire que l’on avait 3 heures d’avance et que nous voilà bientôt en retard…

Lorsque nous arrivons finalement au lieu de départ du bus, nous sommes hors d’haleine mais soulagés: il est 15h30, il nous reste bien 30 minutes pour prendre les tickets. Nico négocie et obtient des tickets étudiants: voilà le taxi plus que remboursé! Je tend alors ma carte bleue, et l’hôtesse l’accueille d’un refus poli: « Only cash mister ». Merde. Il me reste 25 minutes pour trouver du cash, dans cette zone complètement excentrée. Il n’y a rien ici, à part des terrains vagues et des garages de voiture. L’hôtesse m’indique une zone ou potentiellement il y a une banque. Je file au pas de course laissant toutes mes affaires ici, galère un moment, puis la trouve finalement! Hop, je fais mon retrait. Il est 15h45, j’ai juste le temps de rentrer et de payer nos tickets. C’était moins une… Le stress s’évaporant, mon besoin primaire de me soulager revient de plus belle. Je remarque donc un petit coin entre deux bâtiments. J’attends qu’un type à côté sur son scooter s’en aille, et je vais « m’alléger »…

J’aimerais que vous puissiez voir le sourire naïf et satisfait sur mon visage en ce moment. C’est sans doute à ce genre de moments que Schopenhauer fait allusion lorsqu’il déclare qu’il n’y a de plaisir que dans le soulagement. Il fut toutefois éphémère, car quelques secondes après, un policier en haut d’un mirador me gueule dessus !! Je ne comprends rien bien sur, aussi je lui réponds en anglais. Il beugle de nouveau: « Don’t MOVE » « Stay HERE »! Je ne comprends pas ce qui se passe… Ai-je pissé dans un endroit interdit? Je n’ai même pas mon téléphone, Nico m’attends avec toutes mes bagages et bientôt je vais louper l’heure pour acheter les tickets. Dois-je partir en courant ou attendre ici? Le stress remonte de plus belle. Le policier, lourdement armé, s’énerve de plus en plus. Je ne comprends rien, et mes explications en anglais exacerbe sa colère. Les minutes passent, et le stress atteint son paroxysme. Cela se lit sur mon visage et, j’en suis certain, me donne un air coupable. Finalement la grille s’ouvre, et voilà trois policier venant à ma rencontre. Celui qui m’a crié dessus me demande mes papiers. Par chance, je les ai. Il me demande ce que je fous ici, je lui explique le bus, le cash, les tickets,… Il semble ne pas croire un mot de ce que je raconte – n’ayant pas de bagage il ne s’imagine pas que je puisse partir pour Istanbul – et il s’énerve de plus belle. Il finit par demander ce que foutait mon copain sur le scooter. Je comprends enfin que ce mec, dont j’attendais le départ pour « me libérer » était recherché par la police. Et je me suis retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment, il me prend pour son complice! Ce mec s’étant échappé, le flic déverse sa frustration sur moi, et ne veut pas me relâcher. Finalement un autre policier vient, beaucoup plus sympa, et m’interroge de nouveau. Il comprend la situation, me fait un petit sourire puis me dit « ok, tu peux y aller ». Je n’attends pas une seconde de plus et je cours vers le bus. J’arrive tout juste à 16h.

Lorsque j’arrive, je retrouve Nico. Il est super détendu, l’hôtesse lui a offert le café et déjà donné les billets: « au fait c’est bon, pas de stress, le bus ne part qu’à 17h, on a encore 1 heure devant nous »… Nous qui sommes toujours ensemble, voilà que 30 minutes de séparation suffisent à nous offrir deux émotions parfaitement opposées: un pic d’angoisse pour moi, un moment relax pour lui! La vie est parfois bien curieuse!

5 réflexions sur “Retour sur Athènes

  1. un vrai polar ! quel stress pour ce nouveau départ ! mais heureusement, tout fini bien, ouf ! en avant l’aventure ….:-)

  2. Le départ pour la Turquie fut bien périlleux. Comme le dit Matthieu la vie parfois est bien curieuse voire même bien injuste ! Un café serré pour Nico, une course effrènée pour Matth. Enfin j’imagine que parfois les rôles ont dû être inversés et que Nico n’a pas toujours vécu des moments de détente surtout chez votre hôte à Athènes 🙂

  3. Hello !
    Quel suspens !! Vite vite la chute !!! : ma lecture fut rapide et j’ai pensé à ta mère, lisant cette histoire…
    Une certaine crainte doit parfois la traverser !!!
    Et puis la commission… : un sujet qui t’est cher… Il te faudra un jour travailler sur la question et écrire un p’tit quelque chose…… Au moins pour te soulager…….

  4. Pour rebondir sur le commentaire de “Auclair”, mon amour et ma confiance en Matthieu et en la vie me permettent de vivre cette aventure sereinement. Bien sûr mon fils me manque, je voudrais pouvoir le toucher, l’embrasser mais je sais que mon amour est si fort pour lui qu’il doit traverser montagnes et océans pour arriver jusqu’à lui 🙂
    Son expérience en est une aussi pour moi. J’apprend le détachement et surtout je tire des leçons de vie a travers ses récits et c’est une grande richesse.

    1. superbe commentaire…. bonheur d’avoir une telle mamzan…. bonheur d’avoir un tel fils… belle leçon d’amour, merci

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