Samoa: « L’oiseau qui chante ne sait pas si on l’entendra »

« Maloooooo » !!!!

Comme tu le sais, Florian nous a rejoins en Nouvelle Zélande pour participer à nos aventures. Après un peu plus d’un mois à barouder dans l’île du Sud, Flo et moi voulons un peu de soleil. Il faut dire que, depuis que je connais Flo, un sujet revient dans sa bouche régulièrement: les îles du Pacifique. Il y a en effet été, enfant, en Polynésie française plus précisément et en conserve le candide souvenir d’un lieu paradisiaque, ou il pourchassait les poissons dans des eaux turquoises. C’était comme-ci la beauté des ces îles luisait encore dans les yeux de Flo à chaque évocation. Or il se trouve que la Nouvelle-Zélande n’est (relativement) pas loin ce ces îles. « Et si nous allions fêter tes 30 ans sur une de ces îles », dis-je. Flo qui pourtant est quelqu’un d’indécis n’a pas hésité une seconde! Il nous fallu juste choisir entre les Fidji, Tonga, Samoa, Vanuatu, îles cooks… Quelques renseignements pris auprès de Gwen, mon ami Neo-Zélandaise, et notre dévolu fut jeté sur les Samoa.

Nous préparons le départ à Wanaka, ou Nico nous régale de ces prouesses culinaires. Mention spéciale pour ces crêpes vegan (même si elles croquent un peu sous la dent, voyez plutôt).

Lorsque je prépare le voyage, je dois le reconnaître, je ne le sens que moyen. Je suis plus montagne que plage, et là-bas il n’y a pas de trek à faire. J’ai peur de me retrouver comme à Koh Lanta, où Nico et moi nous étions passablement ennuyés. J’ai du mal à dissimuler mon manque d’enthousiasme, ce qui attriste un peu Flo: il réalise un rêve et, c’est bien normal, il voudrait que je sois aussi exalté que lui. Nous partons de Wanaka un matin très froid, une journée de bus nous attend avant d’atteindre Christchurch. Là-bas, nous poserons nos sac dans une auberge, avant d’aller passer la nuit à l’aéroport. Nous partons très légers, chacun ayant un sac à dos de 20L seulement. A l’aéroport de Christchurch, on nous interdit de nous allonger par terre pendant la nuit (Ca c’est bien la Nouvelle Zélande!!! Grrrruuuuummble stupid rulesssss!). Du coup bah nuit blanche! Et notre vol pour les Samoa est décalé, nous ne partirons que l’après midi suivante… (Découverte de la « Samoan time »). Breffff quand nous arrivons aux Samoa, nous sommes cuitas les bananas comme dirait Philippe Risoli.

Coup de bol, nous sympathisons avec un Samoan dans l’avion, « Tui ». Lorsqu’on lui explique que l’on ne sait ni comment quitter l’aéroport, ni où dormir le soir, il est très surpris. Il nous propose de nous emmener a Apia, la capitale, en voiture et de nous déposer dans un hôtel. On lui fait confiance, déjà parce qu’il est sympa, aussi parce qu’on a pas trop d’autres options, et enfin parce que quand même, il s’appelle Tui, soit le nom de la bière la moins cher en Nouvelle Zélande!

Tui Repackaged on Packaging of the World - Creative Package Design Gallery

Je passe vite sur les details, l’incroyable musique Samoan qu’il met dans la voiture, l’heure qu’il nous fait attendre chez sa sœur chez qui il devait passer « 1 minute, promis », nous voila très vite au Tatiana Hotel ou un lit nous attends pour 13 euros chacun. La gentillesse de Tui nous a beaucoup touché, mais en ce moment précis rien ne peu nous faire plus plaisir qu’un bon lit douillet.

Un dimanche a Apia, c’est le jour du marriage

Etant arrivés de nuit, nous n’avons rien vu. Nous avalons vite les 2 tranches de pain de mie grillées et le beurre fondu, et partons découvrir Apia! Certes c’est dimanche, cela ne devrait pas être super actif, mais nous espérons que la capitale bouge un peu. Or mes chers camarades, ce jour là absolument tout est fermé! Nous marchons bien 3 heures dans la ville, et croisons en tout et pour tout quelques chauffeurs de taxi, 4 ivrognes cachés dans la coque d’un bateau, 3 touristes et un missionnaire musulman. Ouch… On reste combien de temps ici…? 1 mois??? Au p*****, ça va être encore plus long que Vipassana cette histoire!

Bon il faut néanmoins positiver. La température est parfaite et il fait beau, je vais pouvoir parfaire mon bronzage. Je pourrais au moins envoyer des petites vidéos aux copains restés au froid en NZ pour les faire rager un peu eheheheheh… Euh attends Flo c’est quoi ce nuage la?

Fin d’aprem, miracle, un bar est ouvert! Les quelques touristes sautent sur l’occasion, nous buvons notre première bière locale  » Taula ». J’arrive à récupérer le Lonely Planet d’un couple d’Allemand sur le départ, puis nous discutons avec un Français. Il nous conseille d’aller au seul hostel de l’île: « Olivias ». Nous avalons en vitesse le breadfruit frit offert par la serveuse (très bon), lorsque le téléphone de Flo sonne. Il échange quelques mots puis m’annonce: « elle est là »!

Il faut que je t’explique cher lecteur cette petite histoire, afin que tu comprennes combien grande fut ma surprise. Sans que vraiment je n’y prête attention, Flo m’avait expliqué qu’une amie devait le rejoindre en Nouvelle Zélande. En creusant, son histoire sentait le plan foireux à plein nez: il ne la connaissait même pas, il s’agit d’une amie d’Antoine et Emelyne qu’ils ont rencontrés en Australie. J’avais rapidement mis en garde Flo, « ne te lance pas dans des plans compliqués, si elle est relou ça va être la galère, tu ne saura pas comment t’en débarrasser! » avais-je dit. Puis quelques jours plus tard, Flo m’annonce que cette demoiselle prévoit même de nous rejoindre aux Samoa. Mais c’est quoi ce plan, me dis-je, je pars avec mon meilleurs pote dans une île du Pacifique pour ces 30 ans, et je vais devoir me coltiner une fille que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. L’esquiver en Nouvelle Zélande si cela se passe mal, c’est jouable, mais aux Samoa ça relève du cache-cache! « Je te préviens, si elle est relou, je vous laisse en galère! » dis-je. Puis, pour me rassurer, je pose deux trois questions. J’apprends à quelques jours du départ qu’elle n’a pas de billets, et qu’elle n’ose pas trop annoncer son départ a la famille chez qui elle est au pair. Ma conclusion est simple: « Non mais Flo, elle ne viendra jamais ta Lucie! »

El Fenômeno Lucie

Elle était donc bel et bien là. Nous prenons nos petit sac à dos 20L et partons à sa recherche. « J’espère qu’elle n’est pas trop chargée » me dis-je. Nous retrouvons finalement Lucie, et là, il faut tenir le regards sans défaillir: 1 Backpack ÉNORME, plus de 20 kg, sans compter le sac à dos à coté. Lucie semble très sympa certes, mais elle pose plein de questions, et semble stressée. Tachons de rester ouvert, me dis-je. Nous discutons un peu et il semble que nous n’ayons absolument rien en commun: films, lectures, musiques, on a beau chercher, tout nous oppose! Lucie est crevée du voyage, je passe la soirée avec des Israeliens rencontrés à l’auberge. Lorsque je vais me coucher, je ne parviens pas a ouvrir la porte. Il me faut redoubler d’effort afin d’ouvrir finalement. Ce qui coinçait? Les pieds de Lucie encore chaussés de claquettes! Elle s’est endormie toute habillée, le buste sur le lit, les jambes en dehors… Quelle fille étrange me dis-je!

Néanmoins cher lecteur, si je prends le temps d’appuyer autant sur ce « faux départ », c’est que Lucie fut bel et bien une merveilleuse surprise. Il s’agit la d’un coup de foudre amical comme on en connait rarement dans une vie. Lucie est une fille d’une gentillesse incroyable, délicate, attentionnée… Son sourire est omniprésent et sa bonne humeur communicatrice. Elle a su chaque jours me sortir de mon flegme et m’offrir des crises de fou rire a n’en plus finir. Son anglais est certes approximatif, mais elle le complète de mots français comme-ci on la comprenait, aussi tout le monde est séduit par sa spontanéité. Lucie, c’est la promesse de rires et de sourires. Ce qui me marque le plus, c’est combien elle peut être altruiste, de manière absolument de interessée, sans n’attendre rien en retour. Elle est elle même, absolument, sans se préoccuper de ce que l’on va penser d’elle… Ce proverbe polynésien lui va si bien: « L’oiseau qui chante ne sait pas si on l’entendra« . Et quand je repense à mes craintes des premiers jours, je me repens et remercie le ciel d’avoir une fois de plus eu la chance de croiser une si belle personne sur mon chemin.

Upolu en Kafkafin

Dès le début, nous rencontrons deux Israéliens absolument géniaux: Eliaz et Shay. Ils ont loués une voiture et nous proposent de voyager avec eux. Nous parcourons l’île avec eux: Le temple bahai’i (référence à Andre Brugiroux et à New Delhi), diverses cascades ou nous pouvons nous rafraîchir, quelques plages ainsi que To Sua trench, l’attraction de l’île. Il s’agit d’une piscine naturelle creusée dans la roche, splendide. Les attractions sont une chose, mais le principal est ailleurs: les locaux. Ils sont absolument fantastiques! Nous parcourons les villages tout doucement (la vitesse maximal sur l’île est de 50km/h!), fenêtre ouverte et nous sommes accueillis par des sourires, des coucous ainsi que de chaleureux « Malo » (« Salut ») de la part de tout le monde! Nous répondons par autant de sourires et de Malo, et lorsqu’il s’agit d’enfants, nous tendons la main pour qu’ils tapent dedans, ils adorent ça! Jamais dans ma vie n’ai-je reçu d’accueil aussi bienveillant et chaleureux… J’en avais les larmes aux yeux.

Pour faire coucou, il ne faut pas comme en France remuer la main ouverte de gauche a droite. Il faut ici lever le pouce, l’index et le majeur, montrer ainsi la paume à qui doit être saluée, puis basculer d’un coup sec la main sur la droite.

L’anniversaire de Flo arrive à grands pas, Lucie et moi lui trouvons un superbe gâteau. Nous festoyons tous les 5 et, je dois reconnaître que je n’ai jamais vu Florian aussi heureux. Les changements récents dans sa vie ont été brutaux, aussi est-ce un peu l’ascenseur émotionnel pour lui, néanmoins il m’arrive de déceler des larmes de bonheur dans le coin de son œil, lorsque nous découvrons une magnifique cascade, admirons une splendide plage, ou buvons une succulente noix de coco.

Nous tombons bien avec les amis, c’est la fête national, l’occasion d’observer les chants et danses traditionnelles en dégustant les spécialités locales. La belle Camille nous rejoins pour l’occasion, et nous passons une superbe journée. Eliaz, Shay et Lucie, petits malins, se font passer pour des clients d’un hôtel chic et se trouvent des places de prestiges pour observer le spectacle, à deux pas du premier ministre!

Une culture incroyable

Nous avons été réellement envoûtés par la culture Samoan. Cette civilisation est certes petite par sa taille, mais immense par sa culture. Elle semble (relativement) préservée par le monde capitaliste, et a su conserver pas mal de ces traditions. Tout le monde est gentil, aimable, accueillant, chaleureux. Les ressources sont bien sûr limitées ici, néanmoins ils ont su développer à travers les ages des choses épatantes. De la noix de coco ils utilisent l’eau pour s’hydrater, la chair pour se nourrir, la coquille pour les bijoux, le bois et les feuilles pour la construction. Ils en font de l’huile, du lait et de la crème. Les bananes sont considérés comme des pomme de terre et cuite encore verte. Des feuilles ils font des assiettes et des paniers. D’autres arbres tropicaux ils réalisent des instruments de musique, des tapis tressés ou encore du papier.

Les repas sont préparés a l’aide de pierre chauffées dans un grand brasier appelé « Umu ». Les aliments sont posés selon leur temps de cuisson plus ou moins haut, et recouverts de longues feuilles de bananiers. En bas se trouve le taro, le breadfruit et les bananes, au dessus le célèbre palusami (feuilles de taro avec des oignons et du lait de coco, miam!) puis ensuite c’est la viande, le poisson, les fruits de mer.

La tenue traditionnelle est le « lava-lava » ou paréo, qui se porte différemment selon que vous soyez un homme, une femme ou le troisième genre reconnu officiellement ici, les fa’afafine, sorte de lady boy.

La plupart des gens vivent dans des « fale » (prononcez « falé »), structures en bois ouvertes et recouvertes de grandes feuilles pour protéger de la pluie. Le rugby et la religion ont une importance capitale ici, il s’agit de ce que les Européens ont importé de meilleurs selon eux! D’après leur religion traditionnelle, il était écris que des missionnaires viendraient un jour depuis l’océan pour professer une nouvelle religion, aussi les chrétiens ont été bien accueillis ici. Le dimanche est sacré, c’est église pour tout le monde puis repas de famille. Les familles sont très étendues, parents, enfants, petits enfants, cousins, cousines, etc, tous vivent sous le même fale, et respectent la loi dictée par le/la chef de famille. Le poids des traditions et les inégalités sociales en fonction du rang familial sont parfois dures à suivre, et j’ai cru comprendre que c’était un sujet très clivant ici. Beaucoup de choses échappent au regard du touriste, et parfois la réalité n’est pas si rose… Le soir, les hommes se retrouvent autour de la boisson traditionnelle, bue dans des demi noix de coco, le « kava ». Issue d’une racine, le kava a des vertus anti-stress, anesthésiant, voir hypnotique à haute doses. Nous n’avons pourtant rien ressenti de particulier.

La sieste est, à bien observer, partie intégrante de la culture Samoan. La chaleur en est sans doute la principale cause, et je dois dire que nous nous sommes très bien adaptés à cette tradition. Ici le temps passe lentement, tout le monde prends le temps; lorsque j’arrive à 10h30 pour assister à une performance prévue à 10h et que je m’inquiète d’être en retard, on me réponds: « c’est 10h… Samoan time! » Et en effet, je ne suis pas en retard! A part pour le férie entre les deux îles, il n’est nul besoin d’avoir une montre. Une anecdote marrante, un touriste rencontré ici ne s’est rendu compte que le dernier jour de son séjour qu’il n’avait pas adaptée sa montre au décalage horaire! Et cela ne lui a causé aucun tord!

Last but not least, les tatouages ont ici une importance énorme. Tatouage vient du mot polynésien « tatau », et c’est bien d’ici qu’ont été importé au 18 ème siècle les tatouages. Il n’y a que deux familles qui peuvent procéder au tatouage traditionnel ici, et cela se transmet de père en fils. La technique peut sembler un peu barbare, il s’agit de marteaux plus ou moins larges, que le tatoueur va tapoter avec une longue branche en bois. Les outils de tatouage traditionnel sont composés d’un peigne aux dents en os ou en écailles de tortue, fixé à un manche de bois. Les dents étaient trempées dans une encre à base de charbon de noix diluée dans l’huile ou dans l’eau. Aujourd’hui néanmoins les outils ont été modernisés pour répondre aux exigences d’hygiène.

Le tatouage n’est pas ici uniquement décoratif. Il s’agit d’un rite de passage signifiant une appartenance a une famille, notamment à la descendance de tel ou tel chef. Le « full body tattoo », ou « Pe’a », va du genou jusqu’au côtes. Il s’agit de tout un rituel: l’homme devra être séparé des siens pendant 12 jours, et se fera tatouer 4 à 5 heures par jours. La douleur est immense, mais abandonner le Pe’a en cours de route serait la plus grande honte sur soi ainsi que sur tout la famille. Lorsque le tatouage est fini, alors l’homme qui la reçu est considéré comme une adulte.

Et toi, comment Savai’i?

Nous décidons avec les Israéliens d’aller passer la nuit sur une petite île, Namua. Un petit bateau nous y emmène, et nous passons une très bonne soirée. La pluie s’en mêle néanmoins, et je dois passer la nuit sur un matelas mouillé! Nous ferons le tour de l’île le lendemain, l’occasion de belles glissades incontrôlées.

Nous partons ensuite pour Savai’i, la plus grande ile en superficie cependant moins peuplée et plus traditionnelle qu’Upolu. Après deux jours avec nos chers amis Israéliens, ils doivent nous quitter, ils partent pour les Fidji puis le Kirghizstan! Mais avant de nous séparer, nous allons voir les blowholes, la plus belle attraction de l’île selon moi, des geysers dues aux vagues, extrêmement impressionnants!!

Adieux avec nos kafkafin

Notre principal objectif sur cette île est la plongée. Flo veut passer son PADI open water, et je vais l’accompagner pour les « fun dive ». Nous ne seront pas déçus, nous verrons de magnifiques poissons, des coraux de toutes les couleurs et surtout plein de tortues!! Pour la première fois de ma vie, j’ai pu plonger sans combinaison, l’eau était à 30!

Alors que nous allions plonger le jour, nous passions les soirées dans un Fale du nord de Savai’i où nous avons eu le privilège de rencontrer Daiana et Jorelina (Alias Georgette). Ces deux argentines vraiment marrantes ont illuminés nos soirées. Nous partions en quête de Taula ou de Vailima, et c’était partie enflammées de Uno ou « party party » sur la plage jusqu’à pas d’heure! Et lorsque, à minuit certains étaient fatigués de danser sur la Cumbia Argentine, nous plongions dans l’océan et regardions les étoiles. Attention, observer Lucie danser du Reggaetton sur la plage est un spectacle au moins aussi impressionnant que les jongleurs de flammes Samoan! Rien ne l’arrête!

Après la plongée, nous sommes partis explorer l’île, cette fois en stop. Rien de plus facile ici, tout le monde s’arrête et nous prend à l’arrière du pick-up! Et quand il n’y a pas de voiture, quelques pièces nous permettent de prendre le bus, non seulement ils sont magnifiques, mais en plus ils permettent de se mélanger aux locaux. Lorsqu’ils sont trop plein, les gens vont sur les genoux des autres. Lorsque j’ai invité Flo sur les miens, se fut le fou rire dans tout le bus!

Lorsque l’on a faim, on s’arrête dans un village et achetons une papaye, un ananas, ou des noix de coco à boire. Maintenant que nous savons les ouvrir, on se régale à en manger la chair que l’on détache avec l’ongle du pouce. Il y a aussi ici des gâteaux sablés très réputés, on dirait qu’ils sont au chocolat mais ils sont en réalité… aux oignons!

Le reste des vacances n’a été que pur plaisir, relaxation, temps qui passe doucement à observer la mer ou les étoiles. Je n’ai presque jamais lu, ni utilisé mon téléphone, j’étais heureux à ne rien faire, à sentir le temps passer lentement… Rien ne pouvait m’inquiéter. A la fin j’évitais même, aux rares occasion, de me connecter à internet. Mon état de relaxation était tel que le monde extérieur ne m’intéressait plus, je voulais juste vivre… Il y a un état de bien-être pur ou ne rien faire ne confine pas à l’ennui, mais au bonheur dans son plus simple appareil. Tout d’un coup toutes les convulsions de l’humanité n’ont plus de sens à mes yeux, et j’ai l’impression de toucher du doigts l’essence de la félicité, sans ambage, sans fioriture. Pour la première fois du voyage, j’étais vraiment bouleversé à l’idée de quitter un pays. J’avais peur de trouver le temps long? Ce fut l’inverse, absolument. Les Samoa m’ont envoûté, conquis, séduit et je dois dire qu’il y aura à jamais en moi quelques chose de polynésien. (J’ai même pleuré dans l’avion en regardant le film disney Moana, pour vous dire!)

Voici un florilège de clichés pour compléter le tableau:

Je ne peux conclure cet article sans vous partager pèle-mêle quelques anecdotes qui ont coloré notre magnifique séjour:

Au début du voyage, alors que nous jouions dans une piscine avec les enfants d’un village, je remarque dans le fale voisin des femmes en train de préparer des feuilles. Est-ce un atelier de tissage? Je m’approche discrètement, n’osant pas entrer, il n’y a la que des femmes, je ne veux pas commettre d’impair. Lucie vient à ma rescousse, et, accompagné d’une femme, je me sens un peu plus disposé à m’avancer. Une dame, la soixantaine nous remarque, et nous invite à rentrer. Nous retirons nos tongs, et rentrons à pas feutrés, voulant montrer par excès de précautions, combien nous étions en respect devant la manifestation concrète de la culture Samoan se déroulant devant nos yeux. Je multiplie les signes de respects, angoissé à l’idée de faire la moindre maladresse dans ce fale qui a, en ce moment pour moi, presque une grandeur mystique. La dame, assise, coupe et tisse de grandes feuilles vertes. Il y a de la prestance dans son geste, de la majesté dans son habileté. Je suis très impressionné. Je demande discrètement si je peux prendre une photo, la dame réfléchis un moment puis me demande en fronçant les sourcils si Lucie et moi sommes mariés. Je lui réponds que non, que je suis célibataire. Elle me réponds alors tout de go, ouvrant son visage d’un large sourire, que cela tombe très bien car elle est elle même célibataire, et que cela fait bien longtemps qu’elle n’a pas fait « golo-golo »!! Toutes les femmes du fale se mettent à rire sans pouvoir s’arrêter! Les Samoan ont cela de génial, ils ne se prennent jamais trop au sérieux et ont toujours le bon mot pour rire. (Aux petits vicieux qui se posent la question, NON je n’ai pas fait golo-golo avec cette dame!)

Le dossier Lucie maintenant. Je vous est expliqué déjà comment sont anglais approximatif séduisait tout le monde. Il s’agit là d’ailleurs d’une vraie leçon pour tous les français n’osant pas parler anglais à cause d’un prétendu manque de vocabulaire ou un accent trop prégnant. Lucie socialise avec tout le monde, et tout le monde adore son accent et son franglais. Une phrase typique de Lucie donne ça:

  • « I don’t know ou on va sleeping tonight »
  • « You want coconut copain? »
  • « Maybe we take le bus to go to the beach mon chat »

Là ou cela devient compliqué et vraimmmmment drôle, c’est quand Lucie y ajoute les quelques bases de Samoan que nous avons essayé d’apprendre. Ainsi nous demande t’elle, lorsque l’on va nous prendre en photo, de porter notre Fa’afetai (= « s’il vous plait ») confondant avec le mot « lava-lava » (=pareo). Et lorsque, plutôt que d’utiliser le mot « fale », elle demande aux Israéliens dans quel « falafel » nous dormirons ce soir, nous ne pouvons retenir notre fou rire! Combien de fois Shay et Eliaz se sont-ils discrètement tournés vers Flo et moi pour qu’on leur traduise Lucie? La réponse était chaque fois la même,  » désolés mais nous non plus on ne comprends rien!! »

Lucie à nouveau. J’ai déjà dit combien géniale elle était. Ce qui la rends aussi attachante, c’est sa capacité à toujours penser collectif, à être d’une générosité incroyable et à toujours penser aux autres avant elle même. De cette envie de jouer collectif, comme en colo, va naître un désir profond chez Lucie que nous pratiquions un acte de fraternité absolu: se brosser les dents en même temps. Il lui faudra des semaines pour parvenir à ces fins, mais un soir c’est décidé, nous le ferons! Le problème, c’est que je ne peux m’empêcher d’en profiter pour lancer une bataille de dentifrice: aux petits crachats amicaux succèdent vite de violent étalages de mousseux dentifrice sur les visages. Mais d’un coup c’est le drame, le crime immonde! Nous venons par mégarde de tâcher le tee-shirt de Florian, qui n’a rien perdu de son amour de la propreté. Et le lendemain matin, lorsque nous l’invitons à venir avec nous à la messe, il nous réponds avec rancune et évidence: « Je ne peux pas aller à la messe avec un tee shirt taché! »

Il faut aussi que je vous parle de Flo. Je passe sur le jour où, super motivé avec son masque et son tuba en place et ayant mal jugé la profondeur de l’eau, il a plongé tête la première sur le sable. La simple évocation de ce moment permet à Lucie comme à moi d’obtenir un fou rire à peu de frais. Je passe également sur les pieds de Flo qui, après avoir vécu les pires ampoules en Nouvelle Zélande, ont ici vécus les atrocités des coraux et la férocité des cailloux, me faisant conclure: « un jour tes pieds vont porter plainte contre toi! ». Non je préfère ici vous parler de la quête qui fut la sienne et qui, si vous connaissez Flo, ne peut vous laisser indifférent. Nous connaissons tous son amour pour les fruits de mer. Chaque jours Flo croisait les doigts pour que l’on nous en serve dans les Fale, et chaque jours se fut la déception. Puisque cela ne venait pas, nous partons finalement pour un restaurant au nom évocateur: « Seafood gourmet ». Tandis que je partage un burger végétarien avec Lucie, Flo commande un plateau de fruit de mer. Il y a en ce moment d’attente autant d’étoiles dans ses yeux que dans le ciel tout entier! Lorsque l’assiette arrive… il n’y a que des frites et du calamar frit! La déception est immense, nous ne pouvons retenir nos rires. Dans le même genre, lorsque nous faisons de la plongée, un pêcheur rencontré nous propose des homards frais. Flo est comme un fou et avec un ami croate ils en commande un chacun. Lorsque les homards arrivent, il y en a un très gros et un plutôt petit. Flo, dans un geste de grâce qui l’honore, laisse le gros au croate… Mais il ne peut s’empêcher de me glisser discrètement en français « putain regarde, le sien est deux fois plus gros que le mien ». Flo déguste ensuite son homard, des pinces à la queue, n’en laissant pas une miette, mais ne peut s’empêcher de glisser régulièrement un petit regards vers le croate : « regarde, il ne mange même pas les pinces! ». C’est là que tout d’un coup se passe un moment mythique du voyage. Le croate se tourne vers Flo et lui dit en anglais tout en faisant une moue dubitative: « mouais, ça vaut pas plus qu’une crevette ». La tête qu’a tiré Flo à ce moment la vaut tout l’or du monde et rien que d’y repenser je ne peux retenir mon rire!

Un soir, nous sommes sortis pour faire « party party » avec des amis de notre auberge « Olivias ». Dans le groupe il y avait une Suédoise dont la plastique était à la hauteur de la réputation de ses origines. Certaines indiscrétions étant venue se glisser jusqu’à mes oreilles, je savais qu’elle était plutôt du genre à enchaîner les conquêtes. Je ne fus donc pas surpris de la voir trouver de la compagnie auprès d’un beau Samoan pendant la soirée. Une fois la fête terminée, nous rentrons dans nos chambres respectives, la sienne jouxtant la notre. Or quelques instants plus tard le mur séparant nos chambre se met à vibrer, de plus en plus fort! J’éclate de rire en imaginant le genre de galipettes qu’elle est en train de réaliser ! Les vibrations sont de plus en plus fortes la chambre tout entière bouge jusqu’à réveiller Flo. Il me regarde et me demande tout enfariné ce qui se passe. Je réalise alors que notre amie nordique ni est pour rien, nous venons de vivre un tremblement de terre!!! Aucun dégât, rassurez-vous!

Un autre soir, Flo et Lucie sortent tous les deux alors que moi je reste à l’auberge afin de regarder un film. Je m’installe dans la chambre avec une fille rencontrée le soir même, nous posons l’ordi sur le lit de Flo et nous regardons le film « la cité de dieu ». (Film génial). Lorsque 2 heures plus tard Flo et Lucie reviennent, Flo semble de mauvais poil, quelques chose le chiffonne. Lucie, elle, est morte de rire. Il me faut demander plusieurs fois à Flo avant d’obtenir réponse. « Alors le positif, c’est que je me suis fait draguer toute la soirée, j’ai eu plein de langoureux regards et je me suis même fait toucher les fesses alors que je commandais au bar » me dit Flo tout perturbé. « Bah c’est bon pour la confiance, ça » dis-je! « Oui mais le problème, c’est que c’était visiblement une soirée à thème, il s’agissait de lady boy! » me repond il tout gené, avant de poursuivre accablé « en plus ta pote a mis les pieds sur mon oreiller! ». Quelle soirée de merde pour Flo!

Un autre jour, je vois Flo s’approcher discrètement du fale. Il s’agit pour l’occasion d’un fale fermé par une porte et des murs. Il avance à pas feutrés, presque sur la pointe des pieds, tel un cambrioleur s’apprêtant à commettre un délit. Je l’observe, curieux, le voilà qu’il s’approche de la fenêtre et espionne l’intérieur à travers les jalousies. Je ne peux m’empêcher de l’interpeller : « euh… tu fais quoi Flo ? » Il me réponds en chuchotant « Je regarde si Lucie dort, j’ai un truc à récupérer, je ne veux pas la reveiller… ». Je lui réponds alors tout de go: « ah ok je comprends, mais à ce moment-là pourquoi ne regardes tu pas dans notre fale?? ». Flo était dans le fale de nos voisines indiennes !!

Une petite pour la route. Nous sommes à To Sua, piscine naturelle accessible via une échelle de 20 mètres. Flo lance depuis le haut de l’échelle son masque et son tuba, qui par un geste maladroit, tombent à quelques centimètre d’un touriste allemand. Alors que fais remarquer à Flo le drame que nous venons de friser, il me repond spontanément « bah j’ai dit attention!! ». (Sûr que depuis ce jour l’Allemand sait ce que veut dire ce mot!)

Bon je suis un peu rude avec FloFlo, il est urgent de retablir l’équilibre. Lucie donc! Vous savez chers lecteurs combien j’ai un mauvais sens de l’orientation… Et bien avec Lucie, je suis battu! C’est simple, pour savoir où aller, demandez lui la direction et… Dirigez-vous à l’opposé! Il n’y a sur Savai’i qu’une seule route, mais ca ne l’empêche pas de se planter, et de nous faire rire par la même occasion! Et quel fou rire ce jour où elle a défendu bec et ongle reconnaître la route alors que nous visitions pour la première fois cette partie de l’ile!

Un autre jour, Flo étant à la plongée, Lucie et moi allons boire un verre. On profite du soleil 10, 15, 20, bientôt 30 minutes. Ma noix de coco est bue, ouverte et mangée depuis bien longtemps, Lucie elle n’a bu qu’une gorgé. « Tu n’as pas soif Lucie? » Dis-je. « Bah, il a un gout bizarre mon jus d’ananas » me réponds t’elle. « Ahh tu as commandé un jus d’ananas? ». « Bah oui, un apple juice quoi! ». 😂

Allez un petit dernier sur Lucie. Un soir nous sommes avec nos amis Israéliens, Camille, ainsi que deux nouvelles, une israélienne et une américaine que nous appelons « doigt de pied » (un de ces doigts de pied n’étant visiblement pas d’accord avec les autres!). Nous sommes tous prêt à partir en ville pour manger, seule Lucie manque à l’appel. « Elle est sous la douche, ça ne devrait pas être long » répète t-on. Nous attendons 10, 20, 30 minutes… Lorsque Lucie débarque, doigt de pied est à bout de nerf! « What took you so long?? ». La réponse de Lucie et la tronche de doigts pied furent hilarantes : « bah I do my mask du visage!! »

Bon il faut reconnaître que c’est l’apanage du narrateur que de choisir les anecdotes à raconter. Ne vous inquietez pas, des dossiers ils en ont plein sur moi! (Demandez leur!). Et si je vous raconte tout ça, c’est parce que ces petits défauts c’est ce qui fait qu’on les aime! Et c’est deux là je les aime énormément. Ce qui est sur en tout cas, c’est que Lucie, Flo et moi n’oublierons jamais ce voyage. Nous resterons marqués à vie par les Samoa, au sens propre comme au figuré…

Retour en NZ

C’est tout tristounets que nous rentrons en Nouvelle Zélande. L’occasion néanmoins de revoir Tim, Thaïs, Nico, Alex et de venir supporter le XV de France contre les All-blacks. Pas si mal le programme!

Comme prévu, on se prend une branlée, mais on s’en fou, on est passe a la télé!!!

2 réflexions sur “Samoa: « L’oiseau qui chante ne sait pas si on l’entendra »

  1. It’s nice to revisit Samoa through your eyes. I couldn’t agree more on the descriptions of the guys – they truly are amazing people ❤

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